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Critiques / Théâtre

yes, peut-être de Marguerite Duras

par Gilles Costaz

Une comédie futuriste

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Voilà une Duras fort peu connue ! Yes, peut-être n’a pas dû être monté plus d’une dizaine de fois depuis sa création en 1968. Curieuse pièce ! Plus proche de la veine comique des Eaux et Forêts et Le Shaga que du grand registre amoureux et autobiographique de l’auteur. C’est une comédie futuriste et apocalyptique. De la science-fiction drolatique. Une guerre, un désastre, un affrontement colossal, le lâcher d’une bombe nucléaire – on ne sait pas très bien – viennent d’avoir lieu. Deux femmes arrivent du « désert à guerre ». C’est encore un peu le désert, mais il y a du sable, la mer. Elle se parlent de ce qui vient de se produire et découvrent un homme allongé, un soldat survivant, assommé, abêti, qui balbutie, et dans son langage réduit à quelques mots, « appelle la guerre ». Elles ne savent rien, disent des mots qu’elles fabriquent sur le moment, en mêlant l’anglais et le français. Elles comprennent le temps présent sans avoir la notion du passé, avec la candeur des enfants qui n’ont encore rien connu. Elles tentent un impossible dialogue avec l’homme. Elles veulent l’aider, en vain. Elles sont la vie, il est une pulsion de mort et de vie à la fois.

C’est pourtant une comédie, grâce à un langage minimal qui utilise des mots inventés ou détournés. Du galimatias aussi naïf que sophistiqué, tout à fait savoureux. Et c’est clownesque : comme chez les clowns, les personnages sont d’une pièce, n’ont qu’une vérité. Mais ce n’est pas une faiblesse, c’est une force. Laurence Février a su, par sa mise en scène, donner une pureté visuelle à cette étrange rencontre et à donner aux rapports entre les personnages une évidence et une tension qu’il faut aller chercher loin, car le texte, bricolé, jeté en riant sur le papier, pose plus de problèmes qu’il n’en éclaire. C’est un rébus à résoudre que le spectacle résout tout à fait.

Le décor épuré de Brigitte Dujardin suggère le sable et la guerre sans sable et sans guerre. A l’intérieur, les acteurs ont une belle présence, animale et habilement puérile. Laurence Février est terrienne et énigmatique. Martine Logier est tendre et lunaire, très émouvante. Ce sont d’étonnantes prestations de comédiennes travaillant sans l’épaisseur psychologique habituelle des rôles. Côme Lesage incarne le militaire dans une opacité bien dessinée. Tous donnent de la lumière à un texte qui ne paraît obscur que pour mieux jouer avec les acteurs et le public.

« Yes, peut-être » de Marguerite Duras, mise en scène de Laurence Février, scénographie et illustration sonore de Brigitte Dujardin, costumes de Léonor, lumières de Jean-Yves Courcoux, avec Laurence Février, Côme Lesage et Martine Logier.
Lucernaire, 20 h, tél. : 01 45 44 57 34. (Durée : 1 h ).

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