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Critiques / Théâtre

un amour qui ne finit pas d’André Roussin

par Corinne Denailles

Michel Fau réinvente le théâtre de boulevard

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Habitué du mythique "Au théâtre ce soir" des années 1960, Roussin a interprété lui-même le rôle de Jean dans des décors de Roger Harth et des costumes de Donald Cardwell. Boudé par une critique intellectuelle qui n’y voyait que vulgarité boulevardière, André Roussin a connu un important succès public. A travers la comédie, il pouvait aborder des sujets délicats comme l’avortement (Lorsque l’enfant paraît, 1951) ou l’homosexualité (Les Oeufs de l’autruche, 1948), à laquelle il est d’ailleurs fait allusion dans une des versions de l’épilogue de Un amour qui ne finit pas (1963), celle choisie par Michel Fau. Très clairement dans cette pièce, Roussin dépasse allègrement les limites du genre. La comédie de boulevard est le terrain de jeu privilégié de l’adultère et des portes qui claquent. Ici, l’auteur pousse sa vision pessimiste de l’amour aux confins de l’absurde et du désespoir métaphysique, une bonne occasion de tourner en dérision la bourgeoisie.

L’inaccessible étoile

Son héros, Jean (Michel Fau), bourgeois versé dans le commerce du caoutchouc, s’est lassé de sa femme depuis longtemps et ne tire plus aucun plaisir de la succession de ses liaisons décevantes à l’issue toujours attendue. Il croit avoir trouvé l’amour idéal dans l’idée d’un amour jamais accompli, seulement rêvé ; aimer "comme on entre en religion". Il y a du vrai romantisme dans cette hypothèse et d’ailleurs le style des lettres qu’il envoie à sa dulcinée (Pascale Arbillot), "son infante", en est la preuve. Il lui narre les voyages imaginaires qu’ils ont faits ensemble, leurs conversations délicieuses. Jean a pri soin de jeter son dévolu sur une jeune femme très amoureuse de son mari (Pierre Cassignard) pour être bien sûr de son coup mais voilà, cela ne se passe évidemment pas comme prévu. Le mari ne supporte pas cette incongruité et se rapproche de Germaine (Léa Drucker) la femme de Jean, pour circonvenir l’hurluberlu, la dulcinée tombe amoureuse de ce doux rêveur, quelque peu cynique et égoïste, qui s’imagine qu’on peut aimer d’un amour lointain et platonique sans risque de retour.

Clin d’oeil au « théâtre de papa »

La mise en scène de Michel Fau s’affranchit de la lourde mécanique boulevardière mais ne se prive pas de rappeler que ce théâtre est daté, en particulier par l’ingénieuse scénographie de Bernard Fau. Le décor en noir et blanc scinde l’espace en deux parties mettant en miroir les deux foyers. Mais la distance établie ne résiste pas à la situation et le désordre se généralise. Les femmes sont irrésistiblement années 1960 : Germaine, tailleur chanel et chignon sagement bouclé ; Juliette, Courrège en diable, robe blanche géométrique et divines bottes pied-de-coq assorties au bandeau qui plaque les cheveux et au bracelet (costumes de David Belugou). Les acteurs sont épatants ; Léa Drucker excelle dans ce rôle de bourgeoise un peu hystérique et assez bébête. Elle a le talent de nous rappeler les reines du boulevard sans chercher l’imitation. Son interprétation est de l’ordre de la citation et en même temps elle est de plain-pied dans la situation.

Fau est fidèle à la lettre tout en prenant ses distances, à l’image de son interprétation singulière de Jean. A l’inverse de l’outrance attendue, il promène un air lunaire, également empreint de cynisme et de désespoir métaphysique ; un regard en coin, une moue suffisent à exprimer ses états d’âme. Comédien singulier et metteur en scène éclectique, Michel Fau est à son aise dans ce genre souvent méprisé qu’il réinvente allègrement, voire le réhabilite en en gommant tous les excès.

Un amour qui ne finit pas d’André Roussin. Mise en scène Michel Fau. Décor Bernard Fau. Costumes David Belugou. Lumières Joël Fabing. Avec Michel Fau, Léa Drucker, Pascale Arbillot, Pierre Cassignard, Philippe Etesse, Audrey Langle.
Au théâtre Antoine. Résa : 01.42.08.77.71.
www.theatre-antoine.com

© Marcel Hartmann Press

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