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Welcome de Patrice Thibaud et Jean-Michel Guérin

par Corinne Denailles

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La fine équipe de Patrice Thibaud a commis un nouveau spectacle hors normes, comme toujours. On retrouve en scène le talentueux musicien Philippe Leygnac, son complice depuis l’inoubliable Cocorico (2008), le chorégraphe Fran Espinosa, excellent danseur de flamenco, déjà dans Franito (2015). Jean-Michel Guérin, qui cosigne la mise en scène de cette fantaisie burlesque sur le thème de la mort, est aussi une vieille connaissance.
Le spectacle commence comme un « mauvais spectacle » (comme le soulignera Olivier Saladin). Devant le rideau noir fermé, un type revêche qui tient à la fois du garde du corps, du croque-mort ou du mafieux (Fran Espinosa), un drôle de zig qui joue de la trompette (Philippe Leygnac), une chanteuse agitée (Lydie Alberto), une traductrice envahissante et un grand type balaise (Patrice Thibaud), entre clown et animateur de salle des fêtes, coiffé d’une perruque noire luisante, habillé à la diable d’un pantalon de sport et d’une très voyante veste jaune (vous avez dit jaune ?) à brandebourgs. Olivier Saladin est Bertrand, le pauvre spectateur invité sur scène qui fait un infarctus alors qu’il se donnait à fond dans l’interprétation d’un rock endiablé.

Le spectacle bascule dans une ambiance toute différente ; on comprend que le pauvre bougre se retrouve au purgatoire où tour à tour les différents personnages qui l’ont accueilli en lui souhaitant gentiment la bienvenue essaieront de le convaincre qu’il est mort, ce dont il doute avec obstination, et de lui faire franchir le seuil fatidique au-delà duquel il se retrouvera définitivement de l’autre côté du miroir. Le comité d’accueil invente mille ruses sans succès ; dans un numéro de mime époustouflant, qui illustre un extraordinaire talent d’observation, le maître des lieux (Patrice Thibaud) s’emploie à retracer le fil de sa vie depuis la fécondation jusqu’au soir fatidique de son arrivée au théâtre et à la disparition du signal d’activité cardiaque en passant par toutes les étapes clés d’une vie (on est bien peu de chose). Lydia Alberto est l’ange délicieux doté d’une voix de velours qui joue la carte de la douceur et de la grâce ; Morta (Marianne Bourg) n’a pas ces prévenances et ne peut cacher son mauvais caractère derrière ses airs doucereux. Philippe Leygnac est le petit lutin à la culotte bouffante qui jaillit de nulle part quand on le sonne et cavale à toutes jambes dans les coulisses. Fran Espinosa, dans un incroyable costume rouge, donne une leçon de flamenco à Bertrand, ravi de la diversion, aussi empoté que le danseur est agile. Finalement la faucheuse réglera la question dans une danse de mort flamenca étourdissante (Fran Espinosa) sur l’air de La pie voleuse de Rossini.
On rit beaucoup aux facéties, aux jeux de mots, aux situations absurdes. Olivier Saladin est impayable dans le personnage de Bertrand qui fait fonction de naïf, de clown blanc, du pauvre gars qui n’a pas vu sa mort venir. Tout est impeccable, la mise en scène réglée avec une précision musicale sur un rythme qui ne faiblit pas, des costumes originaux et fantaisistes (Isabelle Beaudoin), des chorégraphies (Fran Espinosa et Joëlle Iffrig) et une musique (Philippe Leygnac) qui ont du caractère. Un spectacle réjouissant, un baume au cœur pour nous autres, pauvres mortels qui n’avons pas la chance de ces minuscules méduses (turritopsis nutricula ou méduse-lune) dont l’organisme se régénère éternellement. Au fond, qui sait ?

Welcome, mise en scène Patrice Thibaud et Jean-Michel Guérin ; musique Philippe Leygnac ; scénographie Claudine Bertomeu ; chorégraphie, Fran Espinosa et Joëlle Iffrig ; costumes Isabelle Baudoin ; lumières, Alain Paradis ; video, Franck Lacourt : magie, Etienne Saglio. Avec Lydia Alberto, Marianne Bourg, Fran Espinosa, Philippe Thibaud, Philippe Leygnac, Olivier Saladin. Au théâtre national de Chaillot jusqu’au 14 avril 2019. Mardi, mercredi, vendredi à 19h45, samedi à 15h30. Durée : 1h20. Tout public à partir de 10 ans. Résa : 01 53 65 30 00 • www.theatre-chaillot.fr.

du 21 au 28 mai à la Maison de la Danse à Lyon

© Sandy Korzeckwa

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