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Critiques / Danse

Une danse hip-hop toujours inventive

par Yves Bourgade

Un rayonnement au delà de Suresnes

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Déjà vingt deux ans que le festival « Suresnes cités danse », point d’ancrage majeur en France de la danse hip-hop, existe et qu’il prospère hors de cette ville des Hauts de Seine et de son théâtre !
Il vient de se dérouler en janvier 2014 avec la participation de 54 danseurs, onze chorégraphes et notamment cinq récentes créations dont deux particulièrement toniques et représentatives de la politique de cette manifestation, Roots de Kader Attou et Barbe-Neige et les Sept Petits Cochons au bois dormant de Laura Scozzi qui partent en tournée.

A l’origine de ce festival - soutenu financièrement par une ville, Suresnes, un département, les Hauts de Seine, une région, l’Ile de France et l’Etat - : le directeur du Théâtre Jean Vilar de Suresnes, Olivier Meyer convaincu de l’inventivité du hip-hop au delà de son dynamisme, mais aussi des possibilités d’enrichissement de ce genre en le confrontant à d’autres univers chorégraphiques et musicaux.

Il n’était pas question pour lui d’oublier l’existence en France du courant de danse, baptisée alors « jeune danse française » qui s’est affirmé dans les années 1980 et qui reste une référence incontournable. Ses figures de proue ont été ou sont toujours les animateurs des Centres chorégraphiques nationaux créés par le Ministère de la Culture. Cependant il fallait tenir compte de l’existence d’une autre danse, urbaine, remuante, acrobatique, le hip-hop, toutefois sans visibilité institutionnelle bien que quelques groupes de danseurs se sont constitués en compagnies et que quelques manifestations et institutions les ont conviés à se produire.

Cette danse hip-hop apparue en France au début des années 80 a tiré ses codes dans les diverses formes d’expression issues des ghettos et de la culture populaire qui depuis les années 70 ont vu le jour sur la côte Est des Etats-Unis. Elle est constituée d’enchaînements de figures au sol (breakdance) et de déplacements stylisés (pump, smurf, locking…) sur fond de musique rap. Les démarches des deux chorégraphes qui ont ouvert en 2014 « Suresnes cités danse », illustrent parfaitement ce que souhaite le fondateur du festival : « la rencontre avec l’autre qui construit notre identité… dans l’oubli des catégories et des étiquettes ».

Kader Attou qui a été associé comme danseur au festival à ses origines, rappelle que, dès la fondation fin 1989 de sa compagnie Accrorap , son « parcours a été marqué par l’ouverture à toutes les formes artistiques doublée de la volonté de faire reconnaître la danse hip-hop comme une danse à part entière ».

« The Roots » pour onze danseurs sur une création sonore mêlant chanson française, musique classique et électronique de Régis Baillet est conçu à la manière d’un ballet du XIXème siècle alternant variation, pantomime. Le chorégraphe ouvre son ballet par un solo fluide d’un danseur émergeant d’un fauteuil club et rattrapé par le souvenir de son passé. Une opportunité de revoir en flashback avec dix autres danseurs en costumes deux pièces toutes les figures et déplacements flottants ou en spirales à la base du hip hop et évoluant au fil du temps, dans une interprétation à la virtuosité jamais gratuite. Cette création ainsi que d’autres qui l’ont précédée, donne raison au ministère de la Culture qui, en septembre 2008, a nommé Kader Attou à la direction du Centre chorégraphique national de La Rochelle.

Laura Scozzi signe avec Barbe-Neige et les Sept Petits cochons au bois dormant une composition désopilante, ce qui est rare en danse et ce qui n’est pas évident à obtenir. Elle ne vient pas du hip-hop, mais elle demande à ses huit danseurs une plasticité et un dynamisme qui sont la marque de cette danse. C’est une création pour grands et petits, mais totalement iconoclaste. La chorégraphe qui a été formée, outre aux danses : classique , contemporaine, aux claquettes, et, également au théâtre et au mime, ne craint pas d’inverser les rôles, de dynamiter les contes de fées sur une musique romantique en diable de Paganini. Sept Blanche-Neige courent après un nain maniant une hache, le Petit Chaperon rouge a des poils aux jambes, les petits cochons sont des cochonnes délurées en trenchcoats beiges qui épuisent le loup, la fée ne sait pas se servir de sa baguette etc… Les lieux communs sont sainement battus en brèche.

The Roots , chorégraphie de Kader Attou, création sonore Régis Baillet-Diaphane augmentée de musiques additionnelles, scénographie Olivier Borne (1H30).
25, 26 et 27 février Opéra-Comédie de Montpellier
11 mars Le Prisme à Elancourt
29 et 30 avril Les Gémeaux à Sceaux.

Barbe-Neige….  », Chorégraphie Laura Scozzi, musique Niccolo Paganini ; costumes Olivier Bériot, scénographie Natacha Le Guen de Kerneizon (1H10).
20 et 21 mars Grand théâtre de Luxembourg
25 mars Le Hangar à Rouen
11 avril Théâtre de Monsigny à Boulogne.

photos Joao Garcia et Dan Aucante

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