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Critiques / Théâtre

Un fil à la patte de Georges Feydeau

par Jean Chollet

Sommet comique

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Cette comédie en trois actes de Georges Feydeau (1862-1921), représentée pour la première fois au Théâtre du Palais-Royal le 9 janvier 1894, fait partie des pièces majeures du maître incontesté du vaudeville. Sa mécanique de précision attachée au genre, articule ici une intrigue au comique délirant et décapant. Bois d’Enghien, séducteur célibataire sur le retour, revient chez sa maîtresse Lucette Gautier, chanteuse de café concert désargentée, avec laquelle il partage un grand amour. Mais il veut rompre avec elle pour épouser par intérêt Vivianne, jeune femme de bonne famille fortunée, mais un peu perverse et sans illusion puisqu’elle souhaite un mari au passé amoureux turbulent à la stupéfaction de sa baronne de mère. Courageux mais pas téméraire, l’intéressé n’arrive pas avouer son projet et s’engage dans une folie de mensonges et d’événements dont les rebondissements font capoter la signature d’un contrat de mariage, avant de trouver une fin inattendue à cette histoire traversée par des personnages loufoques, ballotés dans un affolant tourbillon. Au premier rang desquels, Bouzin, clerc de notaire par nécessité et parolier raté, étriqué et maladroit, venu proposer une chanson à Lucette, Irriga, général sud-américain, fou d’amour pour la belle, Cheneviette son ancien mari précieux et intéressé, Fontanet un médecin repoussant par son odeur fétide ou encore Nini cocotte en passe de devenir duchesse par son mariage et Marceline sœur effacée et frustrée de Lucette. Autant de figures à même de refléter dans leurs contrastes, l’échantillonnage et l’implication des ressorts sociaux explorés avec une acuité joyeuse et percutante par l’auteur.

Une troupe au zénith

Confiée à Jérôme Deschamps, cette nouvelle version s’inscrit dans un esprit de filiation avec la mémorable mise en scène de Jacques Charon en 1971 (que l’on peut voir ou revoir dans le coffret DVD “Feydeau à la Comédie-Française” – Editions du Montparnasse). Celui qui fut pensionnaire du Français dans les années 1970, n’a pas cherché à accentuer les aspects sociologiques ou psychologiques portés par la pièce en faisant preuve d’une fidélité à Feydeau sans s’éloigner de ses précises didascalies. Il n’est pas tombé dans la tentation d’introduire de manière excessive un savoir-faire acquis dans l’exercice des Deschiens, pour privilégier avec précision l’articulation et le rythme indispensables à cette folle comédie avec une dose de burlesque qui déclenche les rires. Pour cet exercice le metteur en scène bénéficie d’une interprétation de haut–vol, unie par un bel esprit de troupe. Hervé Pierre (tortueux et subtil Bois d’Enghien), Florence Viala (Lucette pétillante et tendre) Giorgia Scallet (pertinente Vivianne), Dominique Constanza (impériale baronne ), Christian Hecq ( Bouzin démesuré à l’engagement physique hallucinant ), Thierry Hancisse (général exotique et passionné à souhait), Cheneviette (Guillaume Galienne, par ailleurs interprète cocasse d’une gouvernante anglaise Miss Betting), Serge Bagdassarian, (qui mêle aux rondeurs de Fontanet une finesse confondante), Céline Samie, (savoureuse Nini), Claude Mathieu (affolée et naïve Marceline) et tous leurs partenaires sont à réunir dans un même éloge. Autour d’eux, la représentation profite de la qualité d’excellence attachée à la Comédie-Française pour ses réalisations, avec les moyens mis en œuvre pour la reconstitution des décors Belle-Epoque de Laurent Peduzzi sous les lumières de Roberto Venturi, et surtout les magnifiques et signifiants costumes de Vanessa Sannino qui confortent le plaisir des yeux. Une magnifique réussite théâtrale et festive.

Un fil à la patte de Georges Feydeau, mise en scène Jérôme Deschamps, avec Dominique Constanza, Claude Mathieu, Thierry Hancisse, Floraence Viala, Céline Samie, Jérôme Pouly, Guillaume Galienne, Christian Gonon, Serge Bagdassarian, Hervé Pierre, Gilles David, Christian Hecq, Georges Scalliet, Pierre Niney, Jérémy Lopez et les élèves comédiens de la Comédie – Française. Décors Laurent Peduzzi, costumes et maquillages Vanessa Sannino, lumières Roberto Venturi. Durée 2 h 30 avec entracte. Comédie-Française, Salle Richelieu, en alternance jusqu’au 18 juin 2011.

© Brigitte Enguerand

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