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Critiques / Théâtre

Troïlus et Cressida de William Shakespeare

par Corinne Denailles

Ah que la guerre est jolie !

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On est à Troie, c’est la guerre, Troïlus et Cressida s’aime mais celle-ci est vendue ou presque par son père à l’ennemi et est envoyée en Grèce. On se croirait dans une tragédie antique, ou racinienne, avec héros, amours juvéniles contrariées, etc. Mais pas du tout. Shakespeare n’est ni Sophocle ni Racine, et s’il a puisé son inspiration dans des œuvres disparates, ce n’est pas pour chanter l’éloge des héros antiques mais pour les faire descendre de leur piedestal et en montrer la face médiocre et veule. La pièce d’ailleurs n’est pas vraiment une tragédie, ce n’est pas une comédie non plus même si on y rit souvent, aux dépens des fanfaronnades et des simagrées de pouvoir des uns et des autres. Ils sont tous là, Hector, Achille, Ajax qui roulent des mécaniques, Agamemnon, Enée, Ulysse aussi, et bien sûr Hélène par qui le malheur est arrivé, et Pâris son amant, et son époux Ménelas, et puis Andromaque (femme d’Hector, maman du malheureux Astyanax qui n’est pas encore né). Et puis aussi Cassandre la voyante, ou prophétesse. La guerre bat son plein et la scène bi-frontale gronde des combats à mort entre Troyens et Grecs, tous des coqs. Ce que l’on voit surtout c’est les petites manigances, l’égoïsme et la vanité à l’œuvre, la trahison de Cressida, fille volage, qui se jette dès son arrivée dans les bras de Diomède sous les yeux effarés de son amoureux qu’obligeamment Ulysse a conduit là pour qu’il voit par lui-même la triste réalité. De tout côté tout n’est que trahison et lâcheté. Le héros en prend un coup dans l’aile. Tous apparaissent comme des enfants qui jouent à la guerre et Shakespeare n’est finalement pas aussi cynique que son personnage Thersite, il laisse une chance aux survivants.
Declan Donnellan a choisi de rendre justice aux pièces selon lui injustement méconnues de Shakespeare. Après The Changeling et surtout Cymbeline qui était un véritable ravissement, il met en scène cette pièce curieuse, qui semble faite d’éléments disparates et dont on ne perçoit pas toujours le fil conducteur. Malgré tout, la qualité de mise en œuvre et le talent homogène des acteurs d’une présence puissante, formidablement physique, finissent par donner à la pièce un souffle dont elle ne semblait pas d’abord porteuse.

Troïlus et Cressida de William Shakespeare mise en scène Declan Donnellan avec Anthony Mark Barrow, Paul Brennen, Lucy Briggs-Owen, Richard Cant, David Caves, Olivier Coleman, David Collings, Gabriel Fleary, Mark Holgate, Damian Kearney ; Ryan Kiggell, Tom Mc Clane, Marianne Oldham, David Ononokpono, Laurence Spellman, Alex Waldmann. A Sceaux, Les Gémeaux. Durée : 3h30. Tél : 01 46 61 36 67.

En tournée : A la Comédie de Reims du 2 au 5 avril, Aux Célestins à Lyon du 6 au 10 mai.

Crédit photo : Keith Pattison

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