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Critiques / Danse

Trisha Brown à Chaillot

par Yves Bourgade

La fin d’une aventure

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Le Festival d’automne à Paris est fidèle à l’impulsion première de son fondateur, Michel Guy, avec le programme de danse de sa 44ème édition généreusement ouvert aux Etats-Unis.

Après avoir accueilli Lucinda Childs, il reçoit la troupe de Trisha Brown, une autre figure historique de la « postmodern dance » née outre-Atlantique dans les années 6O. C’est avec différentes tournées dont une en France avant les Etats-Unis et le Japon, un adieu auquel procède cette compagnie, car sa fondatrice, 79 ans, a dû passer la main pour raison de santé et ne créera désormais plus aucun ballet. Elle laisse cependant un corpus de quelque 80 chorégraphies répertoriées que les danseurs vont s’efforcer de maintenir vivantes par des démonstrations, des cours, des conférences, plus rarement des représentations.

Il faut donc aller voir lors de ce dernier passage en France ce qui est encore la « Trisha Brown Dance Company », car c’est bel et bien la fin d’une aventure. Le programme choisi balaie la variété et la subtilité des compositions de la chorégraphe, de 1976 avec Solos Olos, à 2011 avec Rogues, en passant par Son of Gone Fishin’ de 1981 et Present Tense de 2003. Chacune de ces pièces témoigne d’une interrogation différente, mais l’on peut y trouver la trace commune d’une danse fluide et tumultueuse et la recherche perpétuelle du pur mouvement.

Solos Olos est un ballet de douze minutes pour cinq danseurs progressant en silence avec des gestiques empruntant au sport, à la marche et à la danse. Son of gone Fishin’ est conçu pour six danseurs évoluant dans une totale sophistication pendant vingt minutes sur une musique de Robert Ashley. Present Tense pour sept danseurs, qui est donné en fin de programme sur des Sonates et Interludes pour piano préparé de John Cage, laisse par sa légèreté le public en état de jubilation, tandis que le duo de huit minutes de Rogues, sur une musique de Alvin Curran, lui fait toucher la perfection.

Cette affiche fournit aussi l’occasion de rappeler ce que signifie « postmodern dance », un courant qui a manifesté à ses débuts le rejet de l’expressionnisme et de la virtuosité de la « modern dance » également américaine (Martha Graham (1894-1991), Jose Limon (1908-1972), Doris Humphrey (1865-1958) etc.). Plus d’effet spectaculaire, mais la recherche d’un champ et d’un langage spécifiques ainsi que du mouvement du corps en soi, avec en arrière-plan une décomposition des langages et des codes en cours. Les grandes figures (danseurs, chorégraphes et parfois théoriciens) de ce courant sont : Merce Cunningham (1919-2009), qui ouvrit la voie avec le compositeur John Cage (1912- 1992), Lucinda Childs (né en 1940), Douglas Dunn (né en 1942), Yvonne Rainer (née en 1934) et sans conteste Trisha Brown dont les créations méritent de survivre à leur auteur.

Théâtre national de Chaillot, 10, 11, 13 novembre 2015 à 20h30, 12 novembre à 15h30, 35 euros
Tours  : 24 novembre 2015
Bourges :26 et 27 novembre 2015.

Photos 1 : Présente Tense ©Nan Melville ,2 : Rogues ©Stéphane Berger

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