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Critiques / Théâtre

Torquato Tasso de Johann Wolfgang von Goethe

par Jean Chollet

L’artiste entre liberté et dépendance

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Fondateur de la compagnie X ici en 1999 avec quelques-uns de ses condisciples de l’école du Théâtre national de Strasbourg, Guillaume Delaveau, metteur en scène et scénographe, clôture un triptyque consacré aux relations souvent troubles ou conflictuelles des artistes avec le pouvoir et l’argent. Après la Vie de Joseph Roulin de Pierre Michon (2009) et Prométhée selon Eschyle, (2010), il crée une nouvelle version de cette pièce de Goethe, inspirée par la vie mouvementée et tragique du poète italien Torquato Tasso (1544-1595) dont l’œuvre épique majeure, La Jérusalem délivrée, fut saluée dans toute l’Europe.

Lorsque qu’il écrit cette pièce en cinq actes, qui sera publiée en 1807, Goethe occupe à Weimar un poste important à la Cour où il se sent malgré tout dédaigné et aussi perturbé par ses échecs amoureux. Il trouve des résonances personnelles et des affinités dans le destin du natif de Sorrente, connu en France sous le nom de “ Le Tasse”, et avoua avoir composé ce drame, écrit d’abord en prose puis retranscrit en pentamètres iambiques comme Iphigénie en Tauride, avec ”l’os de mes os et la chair de ma chair”.

Invité au château de Belriguardo par Alphonse II, duc de Ferrare, durant la Renaissance, Torquato Tasso s’éprend de sa sœur la princesse Léonore d’Este, qui en compagnie de son amie la comtesse Léonore de Sanvitale, fleurit les bustes de Virgile et de l’Arioste. Le poète présente ses œuvres au duc, attaché au développement des arts sur ses terres, lequel sollicite Tasso pour contribuer à l’essor de la culture. Si celui-ci bénéficie du soutien ducal et de la reconnaissance de son talent, ses aspirations ambitieuses, ses exigences artistiques et son comportement ne sont pas appréciés par tous à la cour où sa liberté d’expression demeure limitée. L’arrivée du secrétaire d’état, Antonio Montecatino, privilégiant le politique au détriment du culturel, traité avec mépris, creuse encore la fracture entre la quête de perfection d’un artiste et la réalité qu’il doit affronter. Abandonné de tous, Tasso anéanti sombre dans la folie non sans avoir délivré aux courtisans un message de dignité intellectuelle.

Complexe et sans actions, cette pièce navigant entre psychologie et romantisme avec un développement très lent, reflète une forme de classicisme issu d’un autre temps, à la fois porteur de zones d’ombres et de langueur. Un aspect que Bruno Bayen – par ailleurs auteur par le passé de deux mises en scène de cette œuvre de Goethe – n’a pas cherché à moderniser dans sa nouvelle traduction française. Si cette relation apparaît, elle émerge non seulement dans l’exposition des thématiques abordées, toujours dans l’actualité, mais également dans les options de mise en scène de Guillaume Delaveau. Dans un espace ouvert et coloré, unissant sans ruptures les localisations intérieures et extérieures avec des zones engazonnées, les comédiens, vêtus des costumes contemporains de Nathalie Prats, contribuent, chacun dans leur registre, à éclairer les ressorts intérieurs qui animent les personnages avec une vitalité expressive et convaincante. Maxime Dambrin (le Duc), Ivan Hérisson (Tasso) Régis Laroche (Montecatino) Océane Mozas (Léonore d’Este) et Violaine Schwartz (Léonore Sanvitale) apportent à cette œuvre imposante et datée un coup de jeunesse

© Pascal Gély

Torquato Tasso de Johann Wolgang von Goethe, texte français Bruno Bayen, mise en scène Guillaume Delaveau, avec Maxime Dambrin, Ivan Hérisson, Régis Laroche, Océane Mozas, Violaine Schwartz, et Vincent Rousselle. Costumes Nathalie Prats, régies Yann Argenté, Vincent Rousselle, Didier Peucelle. Durée 2h 20. Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 27 avril 2013.

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