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Critiques / Théâtre

Tokyo Bar de Tennessee Williams

par Gilles Costaz

Dissection d’un couple

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Dans un bar de Tokyo, une Américaine d’âge mûr drague le serveur japonais, assez ahuri de certains gestes (directs) de la cliente. Mais la relation n’est qu’épisodique. Les hantises de la femme portent sur sa relation avec mari, grand artiste d’avant-garde, qui arrive et avec qui tout est sexe, débats, passion et fuite. Elle veut d’ailleurs faire interner cet homme épuisé par ses recherches d’artiste et par la drogue. Un marchand new-yorkais les rejoint pour aider au dialogue et à trouver la solution. Mais il n’y a pas de solution à cet enfer qui pousse deux êtres à s’aimer et à se rejeter en même temps.

Pas tout à fait inconnue, mais inédite en français jusqu’à ce que Jean-Marie Besset en publie la traduction en 2003 (dans un volume comprenant aussi son texte français d’Un tramway nommé désir), cette pièce de Tennessee Williams n’est pas un texte mineur. Avec moins de personnages que dans ses œuvres les plus célèbres, le grand auteur du Sud américain promène ses personnages dans un impressionnant vertige intime, qu’il éclaire, à la fin, d’un étrange « cercle de lumière » mystique. C’est un vrai bonheur de voir Christine Boisson s’emparer du rôle féminin, avec son élégance traversée de brisures, son art de trouver la ligne de crête entre la santé et la folie, la lucidité et l’aveuglement, en promenant sa beauté au-dessus du vide. Face à elle Alexis Rangheard (qui remplace Robert Plagnol, titulaire du rôle du mari à la création de ce spectacle des Treize Vents de Montpellier) fait preuve d’une ambiguïté douloureuse et saisissante, tandis que Laurent d’Olce a une grande allure et une secrète humanité dans le rôle du marchand. Gilbert Désveaux a orchestré ce concerto de luttes intérieures et de guérillas conjugales avec un sens très juste de l’immobilité et de la mobilité des corps dans l’espace. Là où on craignait le démodé on trouve du vivant, du brûlant.

Tokyo Bar de Tennessee Williams, adaptation de Jean-Marie Besset, mise en scène de Gilbert Désveaux, scénographie d’Annabel Vergne, costumes d’Annabel Vergne et Marie Delphin, lumières de Martine André, images et son de Serge Monségu, avec Christine Boisson, Laurent d’Olce, Mathieu Lee, Alexis Rangheard, Farida Remadna. Théâtre de la Tempête, cartoucherie de Vincennes, tél. : 01 43 28 36 36, jusqu’au 2 juin. Texte à L’Avant-Scène Théâtre. (Durée : 1 h 30).

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