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Critiques / Théâtre

Toâ de Sacha Guitry

par Corinne Denailles

Un brillant exercice de style

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Après Arlequin poli par l’amour, la mise en scène de Toâ confirme le goût du théâtre de troupe de la compagnie Piccola familia. Tout ici est éloge du théâtre et de sa magie qui nous fait prendre le faux pour le vrai et réciproquement, mais aussi réflexion sur l’impossible frontière entre la fiction et du réel ; l’auteur du Roman d’un tricheur fait dire à l’écrivain Michel Denoyer, son double dans Toâ  : « Il faut avoir beaucoup d’imagination, madame, pour dire la vérité, car on ne la connaît jamais tout entière ! »

Choisir Guitry peut surprendre de la part d’une toute jeune compagnie. Il ne va pas de soi qu’un vieil auteur de boulevard bourgeois et réactionnaire, jamais lavé vraiment des soupçons de collaboration, puisse intéresser de jeunes artistes. C’est probablement pour crainte de tout malentendu que le metteur en scène Thomas Jolly a pris soin de marquer sa différence, parfois de manière un peu trop appuyée. Pour court-circuiter le côté boulevardier, Jolly (qui interprète le rôle de Michel Denoyer) lance les jeunes acteurs à deux cents à l’heure et leur fait débiter le texte sur un principe mécanique qui, tout en traduisant fort pertinemment le procédé de l’écriture, annonce la couleur : nous ne sommes pas "Au théâtre ce soir". Tout semble faire citation, de la diction aux costumes en passant par cette belle idée de faire donner la réplique aux comédiens par Guitry soi-même en voix off. Le spectacle débute par un prologue proclamé à l’avant-scène sur un ton maniéré qui annonce la distribution, une sorte d’hommage au film de Guitry éponyme de la pièce, elle-même écrite en réponse à ceux qui, pour se moquer de son égoïsme légendaire et de son accent pontifiant l’appelait « monsieur Moâ ». Toâ, pièce "bilan" écrite en 1949, est une reprise de Florence datée de 1939.

Guitry use avec virtuosité de la mise en abîme ; il met en scène et joue ses propres déboires amoureux lorsque sa maîtresse fait irruption dans la salle. Elle veut le tuer pour se venger d’avoir dévoilé sa vie intime en public. La maîtresse finira sur scène et la pièce se conclura par un mariage. Thomas Jolly et son équipe se livre à un exercice de style plutôt convaincant qui repeint le texte de couleurs vives. Si l’hommage est une occasion d’exercer sa créativité, on comprend aussi que le jeune metteur en scène ait été séduit par une langue brillante et surtout par un auteur qui était d’abord un acteur et écrivait pour le plateau et pour les comédiens. Lors de sa création dans le cadre du festival Impatience à l’Odéon en 2009, le spectacle a reçu le prix du public. Une distinction bien méritée.

Toâ de Sacha Guitry, mise en scène Thomas Jolly. Scénographie - Thomas Jolly conseillé par Claude Chestier. Lumière - Dimitri Braconnier.
Son - Clément Mirguet. Décor - Pierre Mathiaut.
avec Flora Diguet, Émeline Frémont, Julie Lerat-Gersant, Charline Porrone, Alexandre Dain, Thomas Jolly. Au TGP à Saint-Denis jusqu’au 17 octobre, les lundi, jeudi vendredi, à 20h, samedi à 18h, le dimanche à 16h, relâche mardi et mercredi. Durée : 1h40.

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