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Critiques / Théâtre

Stuff happens de David Hare

par Corinne Denailles

Du théâtre politique

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La pièce est née d’un coup de colère de l’écrivain anglo-saxon David Hare contre les conditions qui ont conduit à l’invasion de l’Irak par les Etats-Unis et contre l’engagement de la Grande-Bretagne dans le conflit. La pièce couvre la période qui va des attentats du 11 septembre 2001 jusqu’en 2003. Rien de plus difficile que de traiter des événements qui nous sont proches. Comme le souligne Hubert Védrine, interrogé à propos de la pièce, l’auteur comme les metteurs en scène Bruno Freyssinet et William Nadylan évitent le ton hystérique. David Hare montre les rouages de la diplomatie et les conditions d’exercice du pouvoir. Il a analysé les relations qui lient une équipe gouvernementale qui vit presque 24h sur 24 ensemble, les tensions et les rapports de force, le discours officieux et officiel. Dans le sillage d’un Michaël Moore, il affiche un point de vue tranché, brossant des portraits saisissants de ses protagonistes, souvent nuancés comme ceux de Tony Blair (Arnaud Décarsin) ou Colin Powell (Greg Germain). Le trait est forcé pour Bush (Vincent Winterhalter) qui apparaît comme un cow boy inconséquent et capricieux dont la méconnaissance de la chose politique est proportionnelle à sa volonté de pouvoir. Tous jouent la partie pour leur propre compte de Condeleezza Rice (Aïssatou Diop) à Dick Cheney (Daniel Berlioux) en passant par Donald Rumsfeld (Alain Rimoux) et Tony Blair. La guerre à la terreur, les représailles en Afghanistan, l’axe du Mal, les usines d’armes de destruction massive en Irak, personne n’est dupe de l’imposture générale. Seul contre tous, pour un temps, Colin Powell, en véritable héros tragique, tente de préserver son intégrité en s’opposant aux mensonges d’Etat. L’intérêt général et celui des victimes relèvent de l’abstraction. Stuff happens, ça arrive, déclare Rumsfeld interrogé à propos des pillages commis à Bagdad.

Une mise en scène chorégraphiée

Quel que soit le talent de l’auteur, qui mêle habilement les modes de la fiction et du documentaire, et l’intérêt du propos, on n’échappe pas au poids du didactisme du texte qui souffre d’un manque de théâtralité, heureusement allégé par la mise en scène nerveuse. Dommage que la fin tombe dans le commentaire moralisateur, on s’en serait passé et le spectacle aurait gagné à être plus court. Dans un espace bifrontal limité à chaque extrémité par des écrans géants, le staff de l’administration Bush évolue au rythme des réunions qui s’enchainent entre 2001 et 2003. Généralement traité comme un ensemble indissociable, sauf en contrepoints, les mouvements d’entrée et de sortie des comédiens forment une sorte de chorégraphie, un ballet avec figures imposées, réunion à huis clos, conférence de presse, discours télévisés, rencontre avec Tony Blair ou Dominique de Villepin (Philippe Duclos), rencontre à Camp David, etc. Les comédiens ont su épingler les traits dominants de ces fortes personnalités au point que la ressemblance est souvent troublante. Malgré les réserves et les difficultés propres au genre, on se réjouit de voir de plus en plus souvent le théâtre contemporain renouer avec la chose politique.

Stuff happens de David Hare, traduction William Nadylam. Mise en scène Bruno Freyssinet et William Nadylam. Lumière Pascal Noël. Costumes Olga Bouridah.
Avec Baptiste Amann Daniel Berlioux Olivier Brunhes
Cécile Camp, Alain Carbonnel, Arnaud Décarsin , Aïssatou Diop , Philippe Duclos, Greg Germain, Fabrice Michel, Eric Prat, Alain Rimoux, Vincent Winterhalter, Nathalie Yanoz .
Théâtre de Nanterre-Amandiers, à 20h30 du mardi au samedi, dimanche à 15h30 jusqu’au 14 juin Durée : 3 heures (deux fois 1h15, entracte 20 minutes).
www.stuffhappens.fr
www.nanterre-amandiers.com

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