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Critiques / Théâtre

Souterrainblues et La Femme gauchère de Peter Handke

par Corinne Denailles

L’enfer c’est les autres

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Christophe Perton met en scène deux textes de Peter Handke (un écrivain qu’il connaît bien), un texte très récent Souterrainblues et La Femme gauchère écrit en 1976 dont Handke avait fait un film subtil avec, entre autres, Bruno Ganz, Michaël Lonsdale et Gérard Depardieu.

Si Christophe Perton présente les deux spectacles en diptyque c’est essentiellement parce que le théâtre du Rond-Point l’y a contraint, ce qui pénalise quelque peu la mise en scène de La Femme gauchère. Néanmoins, les deux pièces ont au moins en commun de mettre en scène un individu en quête de vérité et d’absolu. Un homme et une femme qui, chacun à leur manière cherche à se libérer de l’aliénation sociale, l’une dans le silence et la solitude de ses actes, l’autre dans le discours hargneux et la vitupération.

L’homme sauvage de Souterrainblues déboule dans une rame de métro et se lance dans une longue imprécation au verbe poétique et cru que Perton rapproche de l’art de l’insulte selon Schopenhauer et Diogène. Le bonhomme se coupe du monde et en même temps regrette le commerce de ses “chers affreux”. Sur la fin, La Femme sauvage (Sophie Semin), pas si sauvage que ça, vient lui river son clou avec une affectueuse ironie, ce qui, sur un facétieux malentendu, a valu au roman un grand succès du côté des féministes. Dans ce registre, Handke n’a pas la plume de Thomas Bernhard et souffre de la comparaison, d’autant plus qu’il n’est pas certain que le metteur en scène ait fait le bon choix en confiant le rôle à Yann Collette, excellent acteur par ailleurs mais qui n’empoigne pas ici le texte avec la colère qu’il suppose.

La Femme gauchère

Avec La Femme gauchère, Handke ne raconte pas une histoire mais plonge un personnage dans une situation radicale et l’observe. Aucun de ses actes ne sont justifiés ; elle envoie promener brusquement son mari sans raison apparente et s’enferme dans une solitude à deux avec son jeune fils, comme une mise à l’épreuve intime, une volonté tranquille d’émancipation sociale, bien au-delà de sa condition féminine. Elle vit comme dans une bulle, ayant rompu toute communication avec son entourage qui s’agite autour d’elle. La pièce, qui apparaît un peu datée, diffuse une certaine sensation d’étrangeté sans toutefois accrocher vraiment l’intérêt malgré l’interprétation juste de cette Femme gauchère par Judith Henry. On retiendra le personnage secondaire du père auquel Jean-Pierre Malo donne une belle étoffe, à la fois figure symbolique et personnage attachant.

Souterrainblues de Peter Handke, traduction Anne Weber, mise en scène et scénographie Christophe Perton ; lumière, Kevin Briard ; son, Fred Bülh ; costumes Aude Desigaux. Avec Yann Collette et Sophie Semin. Au théâtre du Rond-Point jusqu’au 9 mars à 18h30. Durée : 1h30
Texte aux éditions Gallimard, 2013.

La Femme gauchère d’après le roman de Peter Handke, traduction Georges-Arthur Goldschmidt, adaptation et mise en scène Christophe Perton ; scénographie Christian Fenouillat ; Lumières Kévin Briard, sons Fred Bühl. Avec Frédéric Baron, Ophélie Clavié, Yann Colette, Judith Henry, Vanessa Larré, Grégoire Monsaingeon, Jean-Pierre Malo, Olivier Werner et, en alternance, Talid Ariss, Blas Durozier, Félicien Fonsino. Au théâtre du Rond-Point jusqu’au 9 mars à 21h. Durée : 1h45.
Rés. 01 44 95 98 21
www.theatredurondpoint.fr

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