Second souffle de Morgane Raoux
La musique citoyenne

Morgane Raoux est clarinettiste. Elle raconte sa vie. Elle est loin d’être la seule. Beaucoup s’enveloppent de l’imaginaire déguisé pour leur confession. L’autofiction, parfois, a bon dos. Morgane a préféré le réel, même si elle se retrouve sur un plateau de théâtre pour en parler. Car elle a un message à diffuser : la musique peut nourrir une vie et en panser les blessures.
Notre interlocutrice n’est pas que musicienne, elle appartient à l’immense tribu des êtres passionnés qui sont des passeurs, des éveilleurs, des transmetteurs de culture. Elle croit (elle l’a vécu) que cette dernière est susceptible de rendre les femmes et les hommes plus humains. Elle n’est pas là pour prêcher. Ni vendre.
Sa metteuse en scène Julie-Anne Roth l’a fort bien compris. La simplicité est sans nul doute ce qui convient le mieux à la réalité. Pas de décor. Au sol, un carré blanc comme la première page d’un cahier ou d’un carnet encore vierge. Quelques chaises semblables, très banales mais de tailles différentes. Une façon de signifier le passage de la petite enfance à l’âge adulte.
Son partenaire est Arthur Cachia. Comme elle, sobrement habillé. Comme pour elle, le noir domine. Il utilise deux accessoires : un grand foulard bariolé, un bandana rouge simplement pour indiquer le passage à un personnage féminin ou autre. La clarinette sortira de sa boîte plus tard et boire se fera dans une tasse.
Le postulat de ce théâtre est : si on désire transmettre ou partager un émoi vécu, il est superflu de faire semblant de le revivre devant un public. La trame du récit est plutôt linéaire. Une famille de HLM ordinaire dans laquelle la liberté est plutôt large. Le traumatisme d’un acte pédophile. Un parcours scolaire normal. La découverte de la musique et l’envie de retrouver cette émotion en apprenant à jouer de l’instrument initiateur. Une carrière en train de se construire, s’ouvrir à l’international. Un corps qui se rebelle et contrecarre l’avenir. La suite en train d’être vécue.
Rien ici n’est dramatisé. Les faits sont présentés. Les personnes rencontrées au fil des époques sont évoquées dans leur bienveillance ou leur hostilité. Le partenaire acteur est vraiment au service de la narratrice. Ses interventions sont des éléments dramaturgiques qui éclairent un chemin de vie, une complicité professionnelle qui évite le risque de la monotonie d’un seule-en-scène, qui suggère des présences sans les imposer.
Cette délicatesse générale rend cette représentation conviviale. Les spectateurs sont embarqués vers cette évidence que l’apprentissage et la pratique d’un art donnent une force vitale essentielle. Même si un engagement professionnel n’empêche ni les mesquineries, ni les jalousies.
L’optimisme vécu de Morgane Raoux rassure. Malgré l’état actuel de délabrement de l’enseignement dans nos pays, la transmission culturelle demeure un des garants de nos démocraties.
Festival Théâtre au Vert Silly (Be)
16.08.2026
En tournée :
22.10.2026 Wolubilis Woluwé-St-Lambert (Be)
23.10.2026 Théâtre communal Auvelais (Be)
05>22.11.2026 La Valette Ittre (Be)
24.11.2026 Eglise St Géry Limelette(Be)
03.12.2026 Théâtre Gembloux (Be)
30.01.2027 Centre culturel Waterloo (Be)
18-19.02.2027 Spott Ottignies (Be)
07.03.2027 Sainte-Foy-Les-Lyon (69)
08.032027 Riom (63)
24.03.2027 Theux (Be)
Lire : Morgane Raoux, « Je ne souffle pas, je chante », Paris, Michalon, 2025, 146 p. (16 €)
Texte : Morgane Raoux ; mise en scène : Julie-Anne Roth ; distribution : Morgane Raoux, Arthur C achia ; scénographie : Salma Bordes ; création lumières : Rémi Cabaret ; création sonore : Yoann Blanchard ; illustration : Maud Legrand ; communication / Social Média : Mélissa Beaufils ; soutien du Théâtre de Poche (Bruxelles) ; partenariat avec le Printemps musical (Silly)
© Paul Winling



