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Salon d’Oustrac

par Christian Wasselin

Dans un mélange de lyrisme et de bonne humeur, Stéphanie d’Oustrac nous invite dans un salon dont Berlioz est le héros.

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STÉPHANIE D’OUSTRAC AIME BERLIOZ. Elle l’a prouvé en sauvant à elle seule les calamiteux Troyens signés Tcherniakov à l’Opéra Bastille en janvier et février dernier ; en étant également une Béatrice hors pair dans la production de Béatrice et Bénédict imaginée par Laurent Pelly pour le Festival de Glyndebourne, et désormais disponible sur dévédé (Opus Arte). Elle va plus loin à l’Amphithéâtre Bastille où, à l’occasion de la sortie de son nouveau disque*, elle propose un récital de fantaisie, où Berlioz voisine avec ses contemporains et surtout ceux qui l’ont inspiré. Car Berlioz, n’en déplaisent à certains, n’est pas sorti tout armé de la cuisse du dieu de la musique. Il raconte dans ses Mémoires combien « les essais de composition de (son) adolescence portaient l’empreinte d’une mélancolie profonde », combien également il n’eut, pendant longtemps, que les airs de danse et les romances à la mode à se mettre sous la dent, des airs d’opéra-comique lui servant également de nourriture musicale en attendant mieux.

Le programme de ce récital s’achève d’ailleurs de manière très judicieuse avec la romance de Dalayrac « Quand le bien-aimé reviendra », extraite de Nina ou la Folle par amour. Une romance essentielle dans l’histoire de la musique car, « naïvement adapté à de saintes paroles », elle fut la cause de la « première impression musicale » éprouvée par le jeune Berlioz le jour de sa communion.

Auparavant, nous avons pu entendre plusieurs mélodies de Berlioz au galbe magnifique : La Captive (avec Christian-Pierre La Marca sur un violoncelle de Jean-Baptiste Vuillaume de 1856), Le Jeune Pâtre breton avec le corniste Lionel Renoux (jouant un cor naturel Courtois Neveu Aîné), et un peu plus tard la vertigineuse Élégie qui clôt le recueil des Neuf Mélodies irlandaises de 1829, qu’on a rarement entendue avec une telle véhémence passionnée. Il est vrai que cette page, conçue comme une déclaration d’amour à l’Irlande, se prête à tous les envols, avec son texte en prose (librement traduit de Thomas Moore par Louise Sw. Belloc) et sa musique qui ne ressemble à rien d’autre, espèce d’arioso déclamé qui se trouve sans se chercher mais exige de l’interprète un engagement poétique et dramatique hors pair. Sans oublier la poignante Mort d’Ophélie qui suffirait à nous rappeler combien Berlioz avait un sens exceptionnel de la grande phrase mélodique.

Bocage et établissements

Mais Berlioz, encore une fois, s’il est le héros de cette soirée, ne la résume pas tout entière. Une série de pages signées Dominique Della Maria (dont Que d’établissements nouveaux est une singulière critique du capitalisme), François Devienne, Eugène Vivier, Charles-Henri Plantade (apologiste du bocage – et il n’a pas tort !), Jean-Antoine Meissonnier, viennent étoffer un programme où l’on retrouve inévitablement Berlioz dans L’Idée fixe (celle de la Symphonie fantastique, bien sûr !) arrangée par Liszt, qu’on avait déjà entendue l’été dernier à La Côte-Saint-André sous les doigts de Jean-Baptiste Fonlupt ; mais aussi, subliminalement, dans cette romance de Martini, Plaisir d’amour, que Berlioz orchestra et qui propose, sur les mots « Tant que cette eau », un passage dramatique entre tous.

Stéphanie d’Oustrac fait sienne ce répertoire composite, qui va de la romance tiède et suave aux capiteuses mélodies de Berlioz ; elle le chante avec un mélange de malice et d’élan qui n’appartient qu’à elle, et associe ses partenaires à une soirée qui est aussi un petit voyage dans le temps : Thibaut Roussel a en effet dans ses bras une guitare Grobert qui appartint à Paganini avant de devenir celle de Berlioz (les signatures des deux musiciens sur la table en témoignent et rendent cet instrument inestimable), Tanguy de Williencourt joue un piano Pleyel de 1842, qui sonne un peu mat mais se fond avec bonheur avec ce petit ensemble instrumental qui réunit aussi, épisodiquement, le cor de Lionel Renoux et le violoncelle de Christian-Pierre La Marca qu’on a cités. Tous ces instruments font partie de la collection du Musée de la musique ; seule la harpe Blaicher (1830), dont Caroline Lieby sait faire entendre la splendide sonorité, a été prêtée par le Conservatoire de Versailles.

* « Une soirée chez Berlioz » avec Thibaut Roussel et Tanguy de Williencourt (1 CD Harmonia mundi).

Illustration : Stéphanie d’Oustrac (crédit Jean-Baptiste Millot)

« Salon Berlioz » : mélodies et romances de Berlioz, Della Maria, Lélu, Dalayrac, Devienne, Plantade, Vivier, Martini, Meissonnier. Stéphanie d’Oustrac, mezzo-soprano ; Tanguy de Williencourt, piano ; Thibaut Roussel, guitare ; Caroline Lieby, harpe ; Lionel Renoux, cor ; Christian-Pierre La Marca, violoncelle. Amphithéâtre de la Cité de la musique, 20 novembre 2019.

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