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Critiques / Danse

Roméo et Juliette fictif d’Angelin Preljocaj et Enki bilal

par Yves Bourgade

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« « Les » » grandes lignes de la version dansée de Roméo et Juliette d’après Shakespeare qu’a signée Angelin Preljocaj et qui est présentée dans la grande salle du Théâtre national de Chaillot à Paris pour la fin de l’année, datent d’un quart de siècle, mais gardent intactes leur force et méritent le détour.
La réussite de cette pièce doit autant aux inventions du chorégraphe qu’au cadre que le dessinateur et cinéaste Enki Bilal propose pour le drame des amants de Vérone. Une Vérone que les deux complices ont voulu « non pas futuriste, mais fictive », plus proche de George Orwell que de Shakespeare. Une ville hors du temps avec des murailles et des chemins de ronde où circulent dans l’ombre des surveillants et des chiens.
Le familier des BD de Bilal retrouvera son univers dans les costumes tranchants du ballet, dans son décor oppressant et dans son souci de dénoncer les régimes répressifs. Le clan de Juliette ressemble à une armée de miliciens inquiétants. Face à ce groupe complété par deux nourrices aux poitrines généreuses qui encadrent la jeune femme, les amis de Roméo sont des vagabonds astucieux qui vivent libres, sans carcan quoique démunis. Dans ce contexte, les deux amants ont quelque difficulté à imposer leur désir de s’aimer. C’est ce qui importe au chorégraphe d’exprimer dans une écriture concise qui détourne le vocabulaire classique et dans un abandon des corps à la fois sensuel et douloureux. Juliette est dansée par Virginie Caussin à la fragile silhouette qui contraste avec l’athlétique Roméo de Redi Shtyla. Pour camper Mercutio, on a le bondissant et malicieux Fran Sanchez et Tybalt l’inquiétant Marius Delcourt.

La version dansée de Preljocaj fait appel à moins de pantomime , moins de numéros décoratifs que dans certaines des innombrables chorégraphies de Roméo et Juliette qui ont précédé la sienne depuis 1938 sur la musique de Prokofiev. Les soutiens de Juliette (comme les amis de Roméo) ont des allures martiales qui réclament une belle agilité à la compagnie de Preljocaj laquelle a succédé au Ballet de Lyon, premier interprète de cette chorégraphie qui réunit maintenant 24 danseurs.
On pourra regretter qu’à Chaillot, la partition de Prokofiev, certes d’une belle violence harmonique, en plus avec de la musique additionnelle électronique de Goran Vejvoda, soit diffusée de façon beaucoup trop tonitruante. En revanche, le vaste plateau de Chaillot est bienvenu pour le déploiement des scènes de batailles qui alternent avec les duos amoureux des deux amants dont la jeunesse n’a pas pris une ride dans sa radicalité généreuse.

Grande Salle de Chaillot, 20, 21, 23 décembre 2016, 20H30, 22, 24 décembre, 2016, 19H3O ; durée 1h 30, places à 35€.

Maison de la danse de Lyon, du 27 au 29 janvier 2017.

En tournée Albi, les 10 et 11 mars 2017.
Meaux, 18 mars 2017.
Blagnac , du 23 au 26 mars 2017.
Fréjus, 12 et 13 mai 2017
Rennes, 16 au 24 mai 2017.

Photos J-C Carbonne

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