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Critiques / Théâtre

Roméo et Juliette de William Shakespearre

par Jean Chollet

Une modernité turbulente sans émotion

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Avant son départ du Théâtre de l’Odéon en mars 2012, Olivier Py livre une version pour le moins détonante de cette pièce de Shakespeare, qu’il aborde pour la première fois. Avec la volonté affichée de faire de lui “notre contemporain”, comme l’évoquait le titre de l’excellent ouvrage de Jan Kott (Editions Payot). En premier lieu en effectuant une nouvelle traduction de cette pièce datée de 1595, abondamment inspirée par le poème d’Arthur Brooke (The Tragical Historye of Romeus and Juliet). Tout en restant dans son ensemble fidèle à l’œuvre, il gomme une part de son lyrisme et introduit un langage ancré dans le monde d’aujourd’hui.
Parfois avec un esprit potache qui croise trivialité, sous-entendus grivois et jeux de mots hasardeux. (Actes Sud – Papiers). Une manière de dépouiller de son romantisme une tragédie devenue mythique de l’amour absolu et impossible entre deux jeunes gens. On ne reviendra pas sur l’intrigue largement connue – reprise à l’opéra et au cinéma – qui met en présence ses deux héros, issus de familles rivales, les Montaigu et les Capulet, dont les affrontements haineux et les règles sociales, les conduiront à la mort.

“Dans Vérone qu’ici nos tréteaux représentent ” comme le restitue le décor de Pierre – André Weitz (bois, plateformes, escaliers mobiles manipulés à vue), qui offre quelques très lointaines réminiscences avec le théâtre élisabéthain, la mise en scène d’Olivier Py a du mal à tenir la route sur la durée de ce long spectacle. Si, la liberté avec laquelle il s’empare de la pièce est vivifiante et parfois réjouissante, ses partis pris oscillent de manière brouillonne entre différents registres. Avec plus ou moins de réussite, malgré la vitalité et l’énergie déployées sur le plateau où le savoir-faire et la gourmandise du metteur en scène prodiguent alternativement l’adhésion ou l’agacement, dans l’expression des différentes strates de cette tragédie, qui sous cette forme est loin de susciter l’émotion.

C’est dans l’interprétation des deux rôles titres que se traduit avec le plus de cohérence le parti de modernité adopté. Avec un Roméo bien d’aujourd’hui, “ chébran” fougueux mais judicieusement inquiet, incarné avec bonheur par le jeune Matthieu Dessertine (23 ans), dont le cheminement de l’amour se révèle avec clarté. Juliette, n’est pas en reste, en déshabillé blanc sexy, elle n’est pas une oie blanche et Camille Cobbi (22 ans), fraichement issue du Conservatoire national d’art dramatique, lui confère avec talent une dimension parfaitement adaptée. Autour d’eux, Mirelle Herbstmeyer campe une nourrice truculente – un poil caricaturale -, Philippe Girard un frère Laurent sombre et ambigu et Frédéric Giroutru un Mercutio explosif,
qui propose à son ami Roméo de “ s’envoyer en l’air pour voir si les cochons ont des ailes”.

Roméo et Juliette de William Shakespeare, texte français et mise en scène Olivier Py, avec Olivier Balazuc, Camille Cobbi, Matthieu Dessertine, Quentin Faure, Philippe Girard, Frédéric Giroutru, Mireille Herbstmeyer,Benjamin Lavernie, Barthélémy Meridjen, Jérôme Quéron. Décor et costumes Pierre-André Weitz, lumière Bertrand Killy. Durée 3 h 20 (avec entracte). Odéon – Théâtre de l’Europe jusqu’au 29 octobre 2011. En tournée de novembre 2011 à mai 2012.

© Alain Fonteray

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