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Critiques / Théâtre

Rêve d’automne

par Corinne Denailles

Colloque sentimental

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Un homme et une femme se rencontrent par hasard dans un cimetière ; Ils se connaissent et sont surpris de se rencontrer là. D’ailleurs lui (Yann Collette) n’a pas l’air de tenir à entamer une conversation mais elle (Irène Jacob), semble émue de cette rencontre inopinée. Ils se sont aimés autrefois, à moins que ce ne soit le début d’une idylle…On ne sait pas exactement dans quel temps tout ça se passe et c’est d’ailleurs le moteur de la pièce, l’axe autour duquel tourne les relations entre les personnages qui se déploient par fragments, hors toute chronologie. Un genre difficile et intéressant qui déplace le point de vue. L’écrivain allemand Schimmelpfenning en est un adepte virtuose. Là où ce dernier joue la rapidité d’exécution jusqu’au vertige (La Femme d’avant, Avant/après), le Norvégien Jon Fosse travaille plutôt dans la lenteur et l’incertitude, s’amuse avec les doutes du spectateur ; les personnages s’observent prudemment, dessinent des cercles sans approcher vraiment du cœur des choses, s’expriment sur un ton monotone, évanescent, même quand ils sont censés s’énerver. Yann Collette déploie un jeu particulièrement subtil ; sans incarner vraiment son personnage, car nous avons peut-être affaire à des fantômes, il distille des signes singuliers, un geste inattendu qui est comme un commentaire fugitif de la situation, une manière d’absence/présence amusée. Tel est justement la difficulté de la pièce. Quelle vie et quels corps donner à ces ombres ? Dans le deuxième tableau, le couple a quitté la scène, les parents surgissent (Simon Eine et Judith Magre) ainsi que la femme abandonnée (Gabrielle Forest). D’un enterrement à l’autre, le couple promène son amour envers et contre tous mais leur bonheur ne contraste pas comme on l’attendrait avec l’ambiance de deuil permanent. Les hommes disparaissent tous, laissant les femmes seules avec leurs souvenirs. Entre ombres et lumières, la scène est traversée de voix chères qui se sont tues, ou vont se taire dans une sorte d’ennui poli et languissant, ponctué de quelques éclats de voix.

Rêve d’automne de Jon Fosse, mise en scène David Géry, avec Yann Collette, Simon Eine, Gabrielle forest, Irène Jacob, Judith Magre. Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, jusqu’au 18 octobre 2008, du mercredi au samedi à 20h, mardi 19h, dimanche 16h. Durée : 1h40.

Crédits photographiques : Laurencine Lot

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