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Rénovation du TNP à Villeurbanne

par Jean Chollet

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Après plus de trois ans de travaux, le bâtiment qui abrite le Théâtre national populaire a été inauguré le 11 novembre 2011. Une journée que son directeur, Christian Schiaretti, n’a pas choisie par hasard puisque, à cette même date en 1920, Firmin Gémier inaugurait dans le Palais du Trocadéro à Paris le premier TNP, condamné quelques années plus tard par une insuffisance budgétaire. Une manière de rappeler le lien avec les origines de ce qui constitue une des avancées les plus marquantes du théâtre français. Un flambeau repris au Palais de Chaillot
par Jean Vilar à partir de 1951, qui lui confère une identité et un style en prolongeant l’esprit de son fondateur avec l’éclat que l’on sait. En 1963, Georges Wilson lui succède jusqu’à la fin de l’année 1972 où, au nom de la décentralisation, le TNP se réimplante à Villeurbanne dans la banlieue lyonnaise.

Du Palais du travail au Théâtre de la Cité

A l’initiative du maire socialiste de Villeurbanne, Lazare Goujon, un vaste projet d’urbanisation du centre ville est lancé à partir de la seconde moitié des années 1920. Parmi les constructions envisagées, figure un Palais du travail destiné à diverses activités sociales et artistiques “indispensables à l’éducation de la classe ouvrière, condition essentielle d’une amélioration de son sort.”. Le projet est confié sur concours à l’architecte Morice Leroux, par ailleurs auteur de “ Gratte-ciel ” qui transforment le paysage de la ville. A son inauguration en 1934, le “ Palais ” dispose de salles de conférences et de réunions, d’un dispensaire, d’un bureau d’hygiène sociale, d’une brasserie, d’une piscine, et d’un théâtre de 1500 places (dont 1322 assises). Dans les années qui suivent, celui-ci devient un temple de l’opérette. En 1957, sa concession est accordée par la municipalité à un jeune comédien et metteur en scène, Roger Planchon, qui à partir d’un projet ambitieux à vocation populaire crée le Théâtre de la Cité, devenu Centre dramatique national en janvier 1963. Le théâtre fermera ses portes pour travaux entre mai 1969 et mai 1972. Une page se tourne.


Sigle créé par le dessinateur Jacno

Implantation du TNP

Sur décision du ministre de la Culture, Jacques Duhamel, le 29 mars 1972, le Théâtre national populaire s’établit dans ce lieu. D’abord dirigé par Roger Planchon et Patrice Chéreau, qui sera remplacé en 1986, lors de son départ pour le Théâtre des Amandiers à Nanterre, par Georges Lavaudant durant dix ans. Durant toutes ces années et jusqu’au départ de Roger Planchon en 2002, cette institution témoigne de créations marquantes du théâtre français en restant attachée aux principes qui l’ont fondés. Une qualité maintenue par Christian Schiaretti depuis sa nomination, dans une filiation d’esprit avec ses prédécesseurs basée sur la notion d’un théâtre populaire de service public exigeant et de qualité. C’est lui qui est à l’origine de cette rénovation, qui devrait lui permettre d’ouvrir une nouvelle aventure artistique et humaine qu’il appelle de ses vœux.

Une restructuration réussie

A partir de mai 2008, les travaux importants ont été engagés sous la maîtrise d’ouvrage de la Ville de Villeurbanne. Ils ont été confiés - après concours – aux architectes Xavier Fabre et Vincent Speller auteurs d’une vingtaine de lieux scéniques en France et à l’étranger, associés pour l’occasion avec l’italien Massimo Scheurer. Ils ont été accompagnés dans leur réalisation par les scénographes d’équipement Silvano Cova et Thierry Guignard. Cette opération d’un coût global de 32,8 millions d’euros H.T. a été financée à parts égales par la Ville et l’Etat, le troisième tiers étant réparti en la région Rhône-Alpes et le Grand Lyon.

L’enveloppe extérieure de ce bâtiment de 15 000 m2 a été soigneusement ravalé et les fenêtres de sa façade remplacées. Il conserve ainsi son aspect d’origine et les travaux portent essentiellement sur une restructuration intérieure des différents niveaux en prenant en compte les normes de sécurité, les besoins des utilisateurs et les contraintes imposées par les structures architecturales conservées.

Au cœur du théâtre, la scène bénéficie d’un agrandissement devenu impératif compte tenu de moyens utilisés par le théâtre d’aujourd’hui. La cage de scène a été entièrement reconstruite. Son plateau modulable (avec proscénium mobile) a été élargi en offrant une surface supplémentaire de coulisses et de dégagements, ses niveaux de dessous réaménagés, son gril technique renforcé à 31,35 de hauteur avec la création de trois niveaux de passerelles métalliques, et l’accès des décors a été facilité. A noter la création d’un ascenseur de scène qui dessert les différents niveaux.

La grande salle avait été redessinée en 1971. Elle se présentait sous une forme singulière, avec une répartition des gradins sur un plan creusé au centre et relevé sur ses bords, qui offrait une visibilité égale à chaque spectateur.
Un principe maintenu dans ce nouveau remodelage, avec la répartition des 617 places supprimant les allées centrales qui séparaient les fauteuils, aujourd’hui revêtus de tissus rouges répartis en écailles et contribuant avec les boiseries murales de wengé (palissandre d’Afrique), le plafond acoustique et la moquette, à créer une ambiance chaleureuse sans ostentation. Elle porte désormais le nom de Roger Planchon.

Les espaces liés à la production théâtrale ont été augmentés avec une petite salle modulable de 252 places, baptisée Jean Bouise - ouverte en 2009- et quatre salles de répétitions de dimensions variables disposant d’équipements techniques adaptés. A noter également, la création d’un atelier de costumes et d’un espace de stockage attenant. L’ensemble de ce nouvel équipement affiche en priorité une notion d’outil au service du théâtre et uniquement du théâtre. Une identité que Christian Schiaretti souhaitait rendre “ irréversible dans le réel comme dans le symbolique.” dont l’objectif semble atteint.

Les espaces publics, hall d’accueil, brasserie (populaire !), foyer ont été repensés en respectant l’esprit architectural d’origine du bâtiment tout en bénéficiant de l’apport de matériaux soigneusement choisis et de couleurs harmonieuses. L’ensemble de ces espaces est occupé par le mobilier conçu par le designer Christophe Pillet.

Ainsi apparaissent les grandes lignes d’une restructuration aboutie et intelligente répondant aux demandes précises des utilisateurs qui ont accompagné le projet et le suivi des travaux, notamment en la personne de Jean-Michel Dubois, directeur technique expérimenté du TNP. Le public devrait en être aussi le bénéficiaire.

Pour cette réouverture, Christian Schiaretti a choisi de présenter Ruy Blas de Victor Hugo, un rapprochement symbolique avec celui qui dès 1830 s’engageait dans la voie d’un théâtre populaire. A voir également dans le théâtre, jusqu’au 23 décembre, la magnifique et précieuse exposition de la collection de masques de différentes origines, réunie par Erhard Stiefel.

A noter la parution d’un ouvrage édité par le TNP, rédigé par Jean-Pierre Jourdain et illustré de dessins de Jean-Pierre Desclozeaux, qui retrace sous le titre Les Aventures du TNP l’histoire de cette institution. (Prix 10 €)

Photo grande salle : Christiian Ganet

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