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Critiques / Théâtre

Qui va garder les enfants ? de et avec Nicolas Bonneau

par Dominique Darzacq

La parité homme femme, c’est pas gagné !

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Conteur, auteur, comédien, fondateur-directeur de la compagnie La Volige implantée dans les Deux-Sèvres, Nicolas Bonneau a élargi le cercle de sa renommée en 2006, avec Sortie d’usine , une immersion in vivo dans le monde ouvrier conçue à partir d’une longue enquête et de propos recueillis, organisée en un théâtre-récit mixé de réalité et d’imaginaire, d’éléments documentaires et de fictions. Un processus qui dès lors sera la marque originale de ses créations, de Village toxique à Looking for Alceste en passant par Les Malédictions ou encore Inventaire 68 .

Fils d’ouvrier et, de son propre aveu, longtemps « plus sensible aux différences de classe qu’aux différences de sexe », Nicolas Bonneau plaide aujourd’hui la cause des femmes et, comme repère de ses intentions, titre son plaidoyer en reprenant l’exclamation de Laurent Fabius à l’annonce de la candidature de Ségolène Royal à la Présidence de la République : « Qui va garder les enfants ? »

A partir d’entretiens, de rencontres avec des femmes politiques de tous bords, de droite comme de gauche, d’élues nationales et locales, le spectacle nous embarque dans une caustique et réjouissante virée dans les divers chemins et sentiers du pouvoir. Ils ne sont pas sans embûches ni chausse-trappes pour celles qui s’y engagent. Dans un espace scénique ( Gaëlle Bouilly) dans lequel deux fauteuils, une chaise suffisent à multiplier les lieux , où un escalier en colimaçon surmonté d’un branlant échafaudage de chaises suggère ce qu’il y a de malaisé pour une femme à se hisser au pouvoir, Nicolas Bonneau, tout de verve et de souplesse, ethnologue-Fregoli, fouille le terreau politique en campant tous les personnages, dresse un état des lieux sous l’égide de Cyril, coach de vie, macho inconscient au bagout de bateleur. On y apprend que, sur 193 pays dans le monde, seulement 16 sont dirigés par des femmes. Soit 8,3%. On y rencontre toute une foule personnages croqués à traits vifs et très souvent pertinents. Parmi ceux-ci, Ségolène Royal bien évidemment, mais aussi Michel Rocard venant lui rendre visite pour lui demander de se désister en sa faveur avec cet imparable argument : « Tu n’y arriveras pas. Tu ne seras même pas au second tour ». On suit la folle journée de Virginie, maire d’une commune rurale du Limousin qui de réunions en inaugurations, de visite au centre sportif en soirée théâtrale, en fait juste un peu trop de peur de n’en pas faire assez mais entre deux obligations passe vite fait embrasser ses enfants. On aperçoit la robe à fleurs
de Cécile Duflot , la bedaine de Gérard Larcher, on croise en coup de vent, Edith Cresson, Angela Merkel qui n’a pas mégoté pour faire sa place au soleil du pouvoir, on savoure un désopilant mais lucide dialogue avec Yvette Roudy première ministre du premier ministère des droits de la femme du gouvernement de François Mitterrand à qui il fait dire, histoire de nous éviter de le faire, « Encore un homme qui se mêle de nous parler des femmes ». Tour à tour conteur, comédien, rappeur, rocker Nicolas Bonneau fait feu de tous les registres, instille une pincée de fantastique pour appeler à la barre des droits de la femme, Olympe de Gouge pour qui « si la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle a aussi le droit de monter à la tribune ».

Sans doute Nicolas Bonneau, secondé pour l’écriture de Fanny Cheriaux, ne dit rien que nous ne sachions déjà, mais en ces temps où la parité reste poussive, il n’est pas inutile de nous rappeler que si, comme le dit Aragon « la femme est l’avenir de l’homme », le chemin est encore rude pour qu’elle soit son égale. Ce que fait avec finesse et humour ce spectacle tout à la fois excellent moment de théâtre et geste politique.

Qui va garder les enfants ? De et par Nicolas Bonneau. Conception et écriture Nicolas Bonneau et Fanny Chériaux. Co-mise en scène Gaëlle Héraut (1h15)

Théâtre de Belleville à 19h15. Jusqu’au 31 mars. tel 01 48 06 72 34

Photo ©Pauline Le Gof

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