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Critiques / Théâtre

Pur de Lars Noren

par Corinne Denailles

Les choses de la vie

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Le Suédois Lars Noren a écrit en 30 ans pas moins d’une soixantaine de pièces qui toutes, d’une manière ou d’une autre, parlent de l’intimité même quand il traite de sujets sociaux comme ce bouleversant Catégorie 3-1 mis en scène par Jean-Louis Martinelli à Nanterre en 2000 qui nous faisait pénétrer au cœur du désespoir de ces hommes rejetés par la société, ou politique comme À la mémoire d’Anna Politkovskaïa qu’il a lui-même mis en scène en 2008. Les aléas de sa vie personnelle l’ont confronté à de violents conflits familiaux et à des désordres psychiques dont on trouve les traces dans ces œuvres mais comme un matériau dont il aurait extrait la quintessence précieuse. Avec Pur, il atteint au dépouillement le plus total pour accéder à l’essence des choses, débarrassées de toutes scories. Tableau blanc sur lequel rien ne bouge ou presque, à peine perceptibles les mouvements intérieurs de l’âme, les pulsations de cœurs battants, solitaires. Noren a une manière de capter l’indicible qui n’est pas sans évoquer la méthode de Nathalie Sarraute. En surface rien ne transparaît ou presque. D’abord un couple, un appartement vide d’une blancheur immaculée (belle scénographie de Gilles Taschet), un déménagement et dans ce temps suspendu d’entre deux vies, c’est toute l’existence qui se rembobine comme à l’instant de son dernier souffle, comme toujours lorsque quelque chose d’important finit. En écho à ce couple de la maturité, un jeune couple qui justement emménage dans ces mêmes murs, deux générations, à moins que ce ne soit la même histoire en des temps différents (le temps est le thème fondamental de cet ensemble auquel appartient Pur et qui porte le nom révélateur de Terminal). Et voici un étrange dialogue des situations où les uns dans leurs débuts et les autres au terme d’un épisode de leur histoire se trouvent réunis dans un même espace physique et mental. L’une (Catherine Sauval) décroche les rideaux que l’autre (Françoise Gillard) vient accrocher, l’un (Christian Cloarec) emporte un carton que l’autre (Alexandre Pavloff) rapporte. Sur le mur blanc passent les doubles fantomatiques des personnages telles des apparitions immatérielles. Rien de plus que les choses de la vie, autant dire l’essentiel. Dans ce ballet au ralenti, la parole affleure, ébauches de dialogues, commentaires pour soi. Lars Noren, qui a retravaillé son texte avec les acteurs, traite sa pièce comme une partition musicale qui efface les corps au profit des voix intérieures, finalement fondues avec la musique mélancolique de Schubert. Le spectacle révèle une belle maîtrise de metteur en scène et est servi par un quatuor d’acteurs impeccables qui jouent d’une palette de nuances infinies dans la plus grande économie de jeu.

Pur de Lars Noren, mise en scène de l’auteur avec Catherine Sauval, Alexandre Pavloff, Françoise Gillard, Christian Cloarec. Décor et lumière Gilles Taschet. Costumes, Ann Bonander-Looft. Au théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 17 mai 2009 du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, dimanche à 16h. Durée : 1h50.
www.comediefrancaise.fr

crédit photo : Brigitte Enguérand

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