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Critiques / Théâtre

Poil de carotte de Jules Renard

par Gilles Costaz

Un père et son enfant se parlent tout à coup

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« Tout le monde ne peut pas être orphelin » : c’est la phrase la plus connue de Poil de carotte. Jules Renard exprime ainsi le malheur d’un enfant accablé par ses relations avec ses parents. L’auteur écrivit un récit et une pièce de théâtre sur ce sujet et ce personnage. C’est généralement du récit qu’on part, même pour les transpostions à la scène. Michel Pilorgé, qui signe la mise en scène en compagnie de Jean-Philippe Ancelle, a préféré revenir à la pièce elle-même. Jules Renard l’a centrée sur la rencontre entre le garçon aux cheveux roux et son père. Ils ne se comprenaient pas. Tout à coup, la barrière qui s’est dressée entre eux se brise. Ils se parlent, osent employer le mot amour, évoquent leurs difficultés, se confient comme on ne se confiait guère en ces année 1890. La glace est rompue ? Pas totalement, quand surgit la mère, incapable de mettre à nu sa tendresse.

La scène se passe dans une cour un peu délabrée, au moment où le père va partir à la chasse. La mise en scène se fonde délicatement sur cette simplicité, ce lieu sans beauté, ce climat de silence, de moment suspendu. Et aussi sur l’interprétation du garçon par une actrice, comme on le faisait si souvent autrefois, parce que la voix féminine peut ressembler à celle d’un jeune garçon. Morgane Walther incarne Poil de carotte avec justesse, le dessinant secrètement blessé mais traversé des espoirs de l’enfance qu’on ne révèle qu’à moitié. Michel Pilorgé est lui-même le père : il sait être à la fois un personnage d’émotion et une carapace, avec la vérité d’un M. Tout le monde tout à coup dérangé dans son comportement routinier. Cela paraît d’un autre âge, tourne comme un film en noir et blanc qui serait repeint en couleur. Et c’est pourtant très attachant.

Poil de carotte de Jules Renard, mise en scène de Michel Pilorgé en collaboration ave Jean-Philippe Ancelle, décor de Gérard Roveri, avec Morgane Walther, Michel Pilorgé, Annie Monange (en alternance avec Brigitte Aubry dans le rôle de Mme Lepic), Alexa Papineschi. Lucernaire, tél. : 01 45 4457 34, 18h30. (Durée : 1 h 25). Du 28 novembre 2012 au 2 février 2013.

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