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Critiques / Théâtre

Philoctète de Jean-Pierre Siméon, variation d’après Sophocle

par Corinne Denailles

Terzieff est notre Philoctète.

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Philoctète, compagnon d’Ulysse et des Argonautes a reçu d’Héraklès un arc invincible. Mais parce qu’il aurait enfreint une loi divine, un serpent l’aurait piqué et le venin aurait infecté son pied (une autre version dit qu’il s’est blessé avec sa propre flèche). La puanteur insupportable du membre gangrené a conduit Ulysse, excédé, à abandonner le précieux archer sur l’île de Lemnos où il a vécu dans une solitude absolue. Au bout de quelques années, l’oracle d’Hélénos prédit que seul Philoctète et son arc magique pourra venir à bout de Troie devant laquelle les Argiens piétinent. Le rusé Ulysse dépêche le fils d’Achille auprès de Philoctète pour obtenir de lui son arc magique. Mais le jeune Néoptolème est un être trop pur pour aller au bout de la trahison. L’intégrité absolue du vieil homme le bouleverse et lui inspire un profond respect. Cet épisode de la mythologie a inspiré une belle tragédie à Sophocle mais ce n’est pas cette version qu’a choisi le metteur en scène Christian Schiaretti mais celle de Jean-Pierre Siméon présentée comme une variation sur le thème. Siméon aurait écrit en pensant à Laurent Terzieff qui, soit dit en passant, aurait enfilé les habits cousus par Sophocle avec le même talent singulier. Il aurait peut-être trouvé chez le poète grec un souffle et une puissance plus porteurs de poésie tragique.

Un acteur immense dans une mise en scène minimaliste
On ne fait d’abord que deviner sa présence tapie au fond de son antre obscur et puant de vieil ours fâché contre les Grecs. Puis s’élèvent les premiers grondements de la voix caverneuse qui annonce la venue du vieil homme dérangé dans sa tanière. Taillé pour la démesure poétique, Terzieff, doué d’une présence incandescente, incarne cet homme révolté qui a la sagesse du philosophe et l’entêtement d’un enfant buté. Il y a un mystère Terzieff dont le jeu défie toutes les règles. Le comédien joue des ruptures de rythmes, s’approche dangereusement de la déclamation qu’il évite d’une pirouette. Funambule, la voix profonde du vieillard éructant résonne dans les graves et brusquement saute dans l’aigu quand l’ironie s’insinue ou se casse dans la plainte. Don Quichotte douloureux à la haute silhouette décharnée, accidentée, blessé par le mensonge et la trahison des hommes, Philoctète ne rêve que de se réconcilier avec l’humanité qui lui manque cruellement mais sa fierté irréductible le lui interdit et il faudra l’intervention d’un deus ex machina pour qu’enfin il se résolve à suivre Néoptolème et les autres à Troie. Aux côtés de Terzieff, le jeune David Mambouch peine un peu à prendre ses marques jusqu’au discours final où il trouve le ton juste, intérieur qui touche et Philoctète et le spectateur. Johan Leyen est un Ulysse nerveux et convaincant, ce qui n’est pas le cas du chœur, petite escouade de soldats désemparés. Schiaretti a choisi une mise en scène minimaliste, très statique, qui ménage l’effet final spectaculaire où se révèle la puissance divine à laquelle se soumet enfin Philoctète. Cette tragédie qui finit bien met en scène un anti-héros magnifique qui a trouvé son interprète. Comme l’écrit Gérald Garutti dans le programme : « Terzieff est notre Philoctète » et le fait est qu’on ne voit que lui, ou presque. On n’est pas près d’oublier la présence irradiante de l’acteur au meilleur de son art qui retrouve la scène de l’Odéon 50 ans exactement après Tête d’or de Claudel mis en scène par Jean-Louis Barrault en 1959.

Philoctète de Jean-Pierre Siméon, variation à partir de Sophocle. avec Laurent Terzieff, Johan Leysen, David Mambouch, Christian Ruché, Julien Tiphaine et le chœur Olivier Borle, Damien Gouy, Clément Morinière, Julien Tiphaine. A l’Odéon-Théâtre de l’Europe jusqu’au 18 octobre 2009 à 20h. Durée : 1h50.

Le spectacle sera présenté au TNP du 18 novembre au 23 décembre 2009 et partira en tournée de janvier à mars 2010 dans les villes suivantes : Sceaux Les Gémeaux du 14 au 18 janvier, Marseille Théâtre de la Criée du 23 au 29 janvier, Chambéry Espace Malraux du 3 au 5 février, Valence Comédie de Valence du 10 au 12 février, Genève Théâtre de Carouge du 18 février au 7 mars, La Rochelle La, Coursive du 12 au 14 mars .

Le texte de la pièce est publié aux éditions les Solitaires intempestifs.

crédit photo : Christian Ganet

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