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Critiques / Théâtre

Phèdre de Jean Racine

par Jean Chollet

Manque de souffle tragique

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“ Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ”. Ainsi se confie à sa nourrice Œnone, Phèdre, épouse de Thésée, fils d’Egée et roi d’Athènes, pour avouer l’amour passionnel et incontrôlable qu’elle porte à son beau-fils Hippolyte, né d’Antiope, reine des Amazones. Une situation, dont le développement et les douleurs qu’elle engendre concourent à un destin funeste. Cette intrigue, inspirée par l’œuvre d’Euripide, est au cœur de cette tragédie en cinq actes de Racine, représentée pour la première fois le 1er janvier 1677. Maintes fois représentée à la Comédie–Française, sa dernière reprise date de 1995 dans une mise en scène d’Anne Delbée, cette nouvelle création a été confiée au metteur en scène grec Michael Marmarinos, que l’on avait pu découvrir à Paris en 2009 avec Je meurs comme un Pays de son compatriote Dimitris Dimitriadis, lors du festival d’Automne.

Sa version s’articule autour de plusieurs postulats. Il situe la tragédie dans la première moitié du XX° siècle, comme en témoigne les costumes de Virginie Merlin, et trouve une relation avec la Grèce antique dans la scénographie de Lili Pézanou. L’intérieur d’une maison ouvrant à travers trois baies sur une terrasse et une vue maritime d’un paysage du Péloponnèse où se situe Trézène, lieu de l’action, avec une mer scintillante et en mouvement grâce au beau film projeté de Nikos Pastras. Un décor qui n’est pas sans rappeler celui d’ Electre de Yannis Kokkos (Antoine Vitez – 1986), mais semble aussi inspiré par le peintre Yannis Tsarouchis. Dans cet espace, finement éclairé par Pascal Noël, Michael Marmarinos s’attache surtout à établir des relations concrètes entre les actions et les personnages. Mais, à trop vouloir côtoyer la réalité, la mise en scène glisse parfois dans un réalisme inapproprié avec quelques artifices éculés qui altèrent la profondeur de la tragédie, devenue ainsi plus proche d’un drame bourgeois. Quant aux 1654 alexandrins qui composent la pièce, ils sont bien naturellement débarrassés de toute emphase surannée et si la fameuse musicalité de la langue racinienne y perd quelques plumes, elle passe la rampe avec modernité et clarté. Pour autant, il semble superflu d’avoir ajouté quelques coquetteries linguistiques qui n’ajoutent rien aux propos.

Phèdre de Jean Racine
Si l’on peut contester les orientations et les options du metteur en scène, force est d’admettre une certaine cohérence dans le traitement de celles-ci, au cœur d’un spectacle qui laisse toutefois un goût d’inachevé par son manque d’aboutissement de ses intentions. Dans ce contexte, et accompagnés des musiques omniprésentes de Dimitris Kamarotos, les comédiens du Français nourrissent avec opportunité et justesse leurs personnages. Elsa Lepoivre, porte dans ses nuances, la passion, la colère et les douleurs de Phèdre jusqu’aux lisières de la folie. Pierre Niney (en alternance avec Benjamin Lavernhe) est un Hippolyte dont l’intensité intérieure éclaire les tensions avec une force juvénile contenue. Eric Génovèse, magnifique Théramène, livre un personnage empreint d’humanité, de finesse et de retenue signifiantes. Samuel Labarthe, interprète Thésée avec une rigidité royale laissant filtrer ses élans d’époux et de père, et Clotilde de Bayser offre à Oenone des colorations adaptées à cette singulière confidente. Leurs présences à elles seules éclairent la représentation.

©Brigitte Enguérand

Phèdre de Jean Racine, mise en scène Michel Marmarinos, avec Celine Brune, Eric Génovèse, Clotilde de Bayser, Elsa Leproivre, Pierre Niney ou Benjamin Lavernhe, Jennifer Decker, Samuel Labarthe, , Emilie Prevosteau. Scénographie Lili Pézanou, costumes Virginie Merlin, lumières Pascal Noël, musique originale et réalisation sonore Dimitri Kamarotos. Durée 2 heures. Comédie –Française, Salle Richelieu en alternance jusqu’au 26 juin 2013.

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