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Critiques / Théâtre

Petite Histoire de la folie ordinaire de Petr Zelenka

par Dominique Darzacq

Follement réjouissant

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Le collectif DRAO, qui réalise ce spectacle, est né de l’envie de comédiens et comédiennes d’examiner ce qui se passe quand on fait de la scène un terrain de jeu où les imaginaires et les points de vue ne s’affrontent pas mais « s’additionnent, se répondent, s’entremêlent », bref, faire ensemble, et à part égale et entière, acte de mise en scène et de mise en jeu. Un exercice de haute voltige qui nécessite de savoir écouter l’autre et vire à la cacophonie si on n’y prend garde. Écueil que cette bande là esquive avec brio.

Autonome et solidaire, chacun des membres du collectif, venu d’horizons différents, poursuit sa propre trajectoire et tous se retrouvent régulièrement pour de roboratives équipées scéniques qui explorent quelques effets pervers de notre société, en même temps qu’elles réhabilitent la notion souvent galvaudée du « collectif ».

Tout a commencé il y a sept ans au Théâtre de la Tempête où Philippe Adrien leur confia les clefs de son théâtre pour qu’ils fignolent leur expérience. Derniers remords avant l’oubli scella l’entente du groupe qui prit pour nom les initiales de ce premier spectacle, DRAO.
Après Push Up de l’allemand Roland Schimmelpfennig, et Nature morte dans un fossé de l’italien Fausto Paravidino, c’est aujourd’hui Petite Histoire de la folie ordinaire du dramaturge et cinéaste tchèque Petr Zelenka, pièce volontiers qualifiée de « cauchemar burlesque » pour la définir comme inracontable.

Plume chez Hellezapoppin

On dira, pour faire simple, que tout se noue et gravite autour de Pierre, trentenaire mal assuré de soi, et abandonné par sa petite amie qu’il voudrait bien récupérer. Voilà qu’un beau matin, il découvre à son réveil, sous son oreiller et dans ses poches, des cheveux de femme. Pour lui, tel Plume qui serait tombé dans Hellzapoppin, va s’en suivre toute une série d’aventures et d’aléas loufoques qui le mettent aux prises avec une mère possessive qui n’a de cesse de donner son sang et des conseils, un père à côté de ses chaussures qui s’obstine à faire des bulles avec ses canettes de bière, des voisins exhibitionnistes, un ami obsédé sexuel qui transforme les arts ménagers en objets de jouissance…et bien d’autres personnages relevant tous à des degrés divers de la purgation d’hellébore. S’y ajoutent des couvertures qui s’envolent et des mannequins de cire qui partent en promenade. De quoi tout de même se poser des questions. Mais au fond qui est fou ? Si l’on en croit Zelenka, entre folie et raison, la frontière est diablement poreuse et surtout, il semble que dans notre monde chamboulé par la mise à mal des utopies et l’irrésistible poussée de l’individualisme, l’antre de l’angoisse et de la folie ne soit plus le seul apanage d’un monde bureaucratique cher à Kafka, mais regarde aussi, et fortement, la cellule familiale.

La scénographie circulaire composée de rideaux qui s’ouvrent ou se ferment en fondus enchaînés, sur des lieux et des tranches de vies différents, enfonce le clou du cercle familial comme lieu de l’enfermement et de la solitude. A l’instar de son indien qui danse pour rester digne dans la douleur, Zelenka choisit l’éclat de rire, le burlesque poussé jusqu’au fantastique pour gratter les plaies de nos désarrois. Le collectif DRAO lui emboîte le pas sans barguigner. Jeu virtuose prompt à la rupture et à la volte face, personnages dessinés en finesse sans tomber dans la caricature, toute l’équipe, esprit en verve et jarret ferme pousse la pièce dans tous ses retranchements pour en soulever tous les lièvres, en ouvrir toutes les voies, celles du fantastique et de la poésie compris. C’est épatant.
Un regret cependant, que le programme au nom de l’idée du collectif n’indique pas qui joue quoi. Mais qu’importe, courez-y , en ces temps moroses, ce rire là est salvateur. De plus, à la Tempête, comme partout dans ce lieu magique qu’est la Cartoucherie, le plaisir du spectateur commence par la chaleur de l’accueil.

Petite Histoire de la folie ordinaire de Petr Zelenka, réalisation scénique Collectif DRAO, avec Stéphane Facco, Thomas Matalou, Benoît Mochot, Gilles Nicolas, Sandy Ouvrier, Maïa Sandoz, Fatima Soualhia-Manet.
Théâtre de la Tempête, 1h50 jusqu’au 12 décembre tel 01 43 28 36 36
Puis en tournée. 14, 16 décembre Cergy Pontoise, en janvier : 8 Champeaux, 18 Hagueneau, 23 Oissery, Février : 4,5 Grasse, 8 Aulnay-sous-Bois, mars : du 10 au 12 et du 17 au 19, Blanc-Mesnil, 22 au 26 Théâtre des quartiers d’Ivry, 29 Noisy-le-sec.
Crédit photo Antonia Bozzi

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1 Message

  • Je suis allé voir cette pièce au forum de Blanc Mesnil vendredi 11/03/2011 : Envouté par le jeu des acteurs autant que par la mise en scène j’y suis retourné le 12/03 ! Autant de plaisir ! Un conseil : ne pas rater une telle soirée !

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