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Critiques / Théâtre

Peer Gynt de Henrik Ibsen

par Corinne Denailles

Le prince des mensonges

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Ibsen a emprunté l’histoire de Peer Gynt à la tradition populaire norvégienne pour écrire ce texte proliférant en forme de conte, un genre plutôt inhabituel chez un écrivain dont on connaît surtout des drames bourgeois, à quelques exceptions près, comme Brand qui serait une préfiguration de Peer Gynt, une version métaphysique de la même quête d’identité racontée ici sur le mode épique. Brand est pasteur alors que dans Peer Gynt il y a absence de la religion, ou plutôt absence de Dieu. Dans ces deux poèmes dramatiques, qui n’ont pas été écrits pour la scène, l’individualisme des héros est frappante, expression d’une vision du monde plutôt pessimiste. Du matin au soir de la vie, le héros traverse mille expériences, toujours en proie au même questionnement angoissé « comment être soi-même ? ». Désespérément étanche à tout enseignement, Peer ne tire aucun profit de ce qu’il vit et se retrouve au seuil de la mort aussi immature qu’au premier jour. Très préoccupé de lui-même, ce voyageur solitaire est le plus fieffé menteur que la terre ait porté, allant jusqu’à s’approprier les exploits des autres sans complexe. Après avoir abusé de sa fiancée qu’il refuse ensuite d’épouser, il est banni du village. Abandonnant, sans plus d’états d’âme, foyer et mère, même Solveig, son amoureuse, pour courir le monde jusqu’au fin fond du désert égyptien. C’est un vieil enfant usé par la vie et par l’angoisse existentielle qui n’a jamais cessé de le ronger qui rentre au pays au seuil de la mort.

Un voyage enchanteur

Pour mettre en scène cette saga qui déroule ses images comme on tourne les pages du grand livre de la vie, Sylvain Maurice a joué la carte de la théâtralité et de l’imaginaire. Dans l’espace du plateau nu, quelques malles font le décor et les acteurs tour à tour se glissent dans l’habit des personnages qu’il quitte pour rejoindre l’ombre du plateau. Dans ce théâtre de tréteaux qui intègre des musiciens, les acteurs sont aussi spectateurs de leur geste épique, et parfois se dédoublent pour incarner des oppositions. Ainsi Jean-Baptiste Verquin et Sharif Andoura sont Peer Gynt, le premier la jeunesse et la vieillesse du personnage, le second, le voyageur autour du monde. Nadine Berland joue la douce et pure Solveig qui, sans jamais douter, sa vie durant attendra son amour, seule et fervente, elle est aussi la fille de la reine des Trolls, petit monstre diabolique. Durant 4h30, ils nous transportent entre rêves et réalité. L’espace s’anime de toiles peintes colorées, d’animaux tombés du ciel. Quand Peer Gynt conduit sa mère mourante à la porte du ciel où l’attend Saint Pierre, on croirait pour un peu voir défiler le paysage qu’il lui décrit et sentir le vent souffler sur le traîneau qui n’est autre qu’un empilement de malles. Magie des mots qui, comme dans les contes de notre enfance, font surgir des images plus vraies que la vérité vraie. Un voyage enchanteur de l’autre côté du miroir conduit avec gaîté par de talentueux faiseurs de contes.

Peer Gynt de Henrik Ibsen, traduction François Régnault, mise en scène Sylvain Maurice, Nadine Berland, Antoine Caubet, Arnault Lecarpentier, Alain Macé, Pascal Martin-Granel, Jean-Baptiste Verquin. Percussions Christophe Thomas. Musique originale Dayan Korolic Scénographie et marionnettes Damien Caille-Perret
du 10 au 12 avril à 19h au théâtre de Sartrouville. Tél : 01 30 86 77 79. Du 16 au 18 mai à 19h, dimanche 15h, au théâtre Firmin Gémier, La Piscine à Chatenay-Malabry. Tél : 01 46 66 02 74. Texte publié aux Éditions Théâtrales Durée : 4h30
www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr
www.theatre-sartrouville.com

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