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Critiques / Théâtre

Parole et guérison de Christopher Hampton

par Corinne Denailles

Actes de naissance de la psychanalyse

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La traduction littérale du titre original de la pièce de Christopher Hampton est « la cure par la parole », ce qui désigne exactement le procédé révolutionnaire qui donne naissance à la psychanalyse au début du XXe siècle. La pièce met en scène cette période passionnante à travers les relations amicales et conflictuelles entre Freud, Jung et sa patiente, Sabina Spielrein qui deviendra analyste. Quand elle arrive dans le cabinet de Jung, elle est une jeune fille de 16 ans psychotique sur laquelle il va expérimenter pour la première fois, et avec succès, le protocole qui caractérisera la cure psychanalytique. Même si l’on sait combien le théâtre et la psychanalyse ont en commun, le sujet est délicat à porter sur la scène. Les pièges sont nombreux entre le jargon obscur ou la vulgarisation excessive. Hampton joue habilement de tous ces éléments, tout en flirtant parfois avec la tentation du trait un peu trop appuyé, au risque de la caricature. Le portrait de Freud, qui résonne de toutes les critiques qui lui ont été faites, a presque tendance à minorer l’importance du médecin au profit de Jung. Hampton réussit fort bien à montrer comment la psychanalyse s’appuie sur des intuitions, des observations et sur l’expérience : on voit comment, par exemple, à la lumière du fameux « transfert » et « contre-transfert » et de l’implication personnelle inévitable du thérapeute, Freud déduit la nécessité d’une cure préalable à tout exercice professionnel. L’exposition des principes psychanalytiques est contextualisée, liée à la personnalité et à la vie privée de chacun. Didier Long, qui a peut-être craint que le sujet ne soit trop ardu, a choisi une scénographie et une musique qui toutes deux vont dans le sens d’une dramatisation spectaculaire aux effets parfois un peu pompeux. Les acteurs, tous excellents, auraient pu se passer de tels artifices. Samuel Le Bihan oppose la fougue d’un Jung passionné, séduit par l’ésotérisme, à un Freud matérialiste, inhibé, rendu suffisant par un manque de reconnaissance qui le fait souffrir, campé avec une distance amusée par Bruno Abraham-Kremer. Barbara Schulz joue avec finesse de toutes les facettes du personnage de Sabina Spielrein, jeune fille en proie aux pires tourments, jeune femme amoureuse, brillante étudiante, disciple de Freud et psychanalyste de talent. A ce trio talentueux, il faut ajouter Lena Braban, discrète épouse de Jung qui a sacrifié sa vie en toute conscience avec courage et humilité ainsi que le facétieux Alexandre Zambeaux qui donne un relief sadien au dérangement mental d’Otto Gross, un psychanalyste d’une grande intelligence mais débauché et toxicomane qui se retrouve sur le divan de Freud. Ce spectacle rend hommage à la naissance de cette science dont on ne donnait pas cher au début du XXe siècle et qui, malgré toutes les critiques, fête son centenaire au tournant du XXIe siècle.

Parole et guérison de Christopher Hampton, mise en scène Didier Long, avec Barbara Schulz, Samuel Le Bihan, Bruno Abraham-Kremer, Lena Braban, Alexandre Zambeaux, Candice Crosmary. Au théâtre Montparnasse du mardi au samedi à 20h30, matinée samedi à 17h. Tél. 01 43 22 77 74. Durée : 2 heures.

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