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Critiques / Festival

Papperlapapp de Christoph Marthaler & Anna Viebrock

par Dominique Darzacq

Le déficit du rêve

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Artiste associé, avec l’auteur Olivier Cadiot, de cette 64ème édition du festival d’Avignon, Christoph Marthaler, qui est au théâtre ce que Pina Bausch fut à la danse, est sans conteste un des maîtres actuels de la scène européenne. Son projet de Papperlapapp, un spectacle spécialement et uniquement conçu pour la Cour d’honneur du Palais des papes, semblait particulièrement alléchant et avait de quoi faire rêver. On se doutait bien qu’avec lui la saga et les méandres de la résidence avignonnaise des papes inaugurée par Jean XXII, n’aurait évidemment rien à voir avec un épisode des Rois maudits.

Anne Viebrock, scénographe sans qui les spectacles du créateur suisse ne seraient, de son propre aveu, pas tout à fait ce qu’ils sont, et coauteur du spectacle, a conçu une extravagante et fascinante aire de jeu où cohabitent le spirituel et le temporel. C’est avec un bel humour qu’elle met en collision le temps et l’espace. Sur un sol en patchwork évoquant divers lieux du Palais des papes, des machines à laver côtoient des sarcophages, des chapelles avec leurs exvotos, un distributeur de Coca-cola, un caddie et des bancs d’église.

Ça commence très fort par l’arrivée d’une bande de touristes, à moins que ce ne soient des pèlerins, débarqués d’un camion, pour une visite guidée sous la houlette d’un aveugle. Brusquement, la troupe se précipite et se prosterne devant un confessionnal d’où s’échappent les étincelles d’un chalumeau manié par un curé bricoleur. La dévotion sera suivie d’un intempestif et désopilant transport amoureux collectif. Le théâtre de Christoph Marthaler qui dit « ne pas aimer l’art dramatique » est cousu de moments disparates et avance par fragments où alternent le mouvement et le chant (Verdi, Gesualdo, Satie, Mozart, Bach etc.)
Certains de ces moments sont d’un humour aussi vachard que mécréant, voire iconoclaste, d’autres en revanche semblent s’égarer dans des improvisations bâclées. Certes, on perçoit bien la volonté des créateurs de relier le passé et le présent autour du mensonge et du pouvoir, tous les pouvoirs, spirituels, politiques et intimes, mais en dépit de l’excellence de la troupe, la visite dans la sphère papale s’apparente à une virée aérienne émaillée d’énormes trous d’air. Des turbulences auxquelles, le soir de la première, renâclaient certains spectateurs qui prenaient la fuite de façon un peu tapageuse.
Si ce Papperlapapp, dont la traduction pour être blablabla, n’est pas le coup d’éclat attendu, c’est par un coup de gueule de la profession adressé au ministre de la culture présent dans la salle que furent précédés les trois coups du spectacle.

Au nom de tous les syndicats professionnels et artistiques, la comédienne Agnès Sourdillon (qui fut une magnifique Agnès dans cette même cour d’Honneur) a lu un texte dénonçant la baisse des crédits accordée à la création, le désengagement de l’Etat, rappelant notamment que « le bouclier fiscal et la baisse de la TVA de la restauration font perdre à l’Etat, trois milliard par an, soit le montant du budget alloué à la culture ». Le texte se terminait par un appel à manifester le jeudi 15 juillet devant le Palais des papes.
Alors que le spectacle vivant est pris en tenaille entre le rabot de François Baroin et le problème des intermittents qui va se reposer en 2011, le festival d’Avignon risque d’être chaud et pas seulement en raison de la canicule.

Paperlapapp de Christoph Marthaler et Anna Viebrock. Avec Marc Bodnar, Raphaël Clamer, Bendix Dethleffsen, Eveline Didi, Olivia Grigolli, Rosemary Hardy, Ueli Jäggi, Jürg Klenberger, Barnhard Landau, Sasha Rau, Martin Schütz, Clemens Sienknecht, Bettina Stucky, Graham F Valentine, Jeroen Willems.

Cour d’Honneur du Palais des papes 2h20 jusqu’au 17 juillet.

Crédit photographique : Christophe Raynaud de Lage

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