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Critiques / Théâtre

Pantagleize de Michel de Ghelderode

par Corinne Denailles

Candide chez les Flamands

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Peu nombreux sont ceux qui connaissent encore le dramaturge flamand Michel de Ghelderode. Pourtant, il fut un temps où son œuvre prolifique et complexe, caractérisée par une langue française très ancrée dans le territoire des Flandres, a fasciné certains metteurs en scène comme Roger Planchon qui a contribué à sa notoriété dans les années 60. Souvent, ses pièces lyriques, baroques plongent leurs racines au cœur de la culture flamande du Moyen Âge, populaire et religieuse. Ghelderode s’intéresse avant tout à l’homme et à ses rapports au monde qu’il met en scène de manière fantasmagorique comme dans ce Pantagleize, une de ses premières pièces écrite en 1930, entre Voltaire et Brecht, tout en ne se privant pas de fantaisie proprement surréaliste. Ce Pantagleize est un philosophe, un candide, qui se retrouve malgré lui acteur, plus même, instigateur sans le savoir d’une révolution dont il est le déclencheur pour une phrase répétée machinalement : « quelle belle journée aujourd’hui ». Elle le sera belle, certes, zénith de son existence et chant du cygne, cette journée qui se déroule lors d’une éclipse solaire. Belle unité de temps. On lui avait prédit que le jour qui se levait serait un grand jour pour la société et pour lui en particulier, qui trouverait, entre le matin et le soir, gloire et mort. Jouet de sa destinée, il est porté par les événements qui prennent corps à chacun de ses pas sans qu’il n’y comprenne rien, ce qui ne l’empêche pas de vivre son destin avec philosophie et de méditer, entre deux attentats, sur la condition humaine. On ne sait pas bien si la pièce est politique, à la manière des fables brechtiennes, métaphysique, s’il s’agit d’un conte philosophique voltairien ou, comme Ghelderode le disait lui-même, d’un vaudeville attristant.

Polar en noir et blanc

Le metteur en scène Philippe Awat l’a traitée à la manière d’un film noir des années 50. Pour donner l’ambiance noir et blanc des polars, des scènes de rues de l’époque sont projetées sur les panneaux mobiles qui dessinent les espaces, des coups de feu sont figurés par des poursuites lumineuses. Chaque personnage, tout comme les lieux (un bistrot, une chambre d’hôtel, un coin de rue, un appartement, un tribunal), est exemplaire d’une typologie référencée. Les révolutionnaires avec Bergole, la pasionaria (Sandrine Bonhoure), Lekidam, le poète dandy (Jean-Charles Delaume), Inocenti, le barman complice au nom aux consonances évocatrices (Florent Guyot), Bam Boulah, le noir élégant et intrigant (Gora Diakhaté) ; le pouvoir avec le flic taciturne aux airs entendus (Lionel Robert) et son imperméable mastic qui l’identifie à tous coups, le général Mac Boum (Jean-Marc Charrier) et sa secrétaire impayable (Magali Poulet) ; enfin, l’amour avec Rachel, La femme (Anne Buffet), celle dont Pantagleize (Brun Paviot) ne manque pas de tomber amoureux.
Le trait parfois trop appuyé surligne le comique, un des versants de cette pièce plus complexe qu’il n’y paraît dont les registres différents se trouvent ici quelque peu uniformisés par le parti pris de la mise en scène, au demeurant bien maîtrisé. Il n’en reste pas moins que le spectacle est plaisant et emmené par les comédiens avec une belle énergie.

Pantagleize de Michel de Ghelderode, mise en scène Philippe Awat, avec Sandrine Bonhoure, Anne Buffet, Jean-Marc Charrier, Gora Diakharé, Jean-Charles Delaume, Florent Guyot, Magali Poulet, Lionel Robert, Bruno Paviot. Au théâtre des quartiers d’Ivry, Antoine Vitez. A 20h les mardi, mercredi, vendredi, samedi, 19h le jeudi, 16h le dimanche. Jusqu’au 1er juin. Durée : 1h50.
www.theatre-quartiers-ivry.com

© Bellamy
photo 1 : de gauche à droite, Florent Guyot, Gora Diakharé, Jean-Charles Delaume,Lionel Robert
photo 2 : Bruno Paviot

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