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Critiques / Théâtre

Othello de William Shakespeare

par Corinne Denailles

Au cœur des ténèbres

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Othello, le Maure de Venise, est un homme d’honneur intègre qui manque d’intuition et offre sa confiance à l’être le plus fourbe et le plus intelligent de son entourage. Ainsi se noue rapidement le drame. D’emblée on sait que Iago s’est rapproché d’Othello pour le perdre et la pièce est l’exposé de la stratégie diabolique et inéluctable de l’être le plus noir qui fut, le bras armé du Mal, le Mal en personne. Le ressort du crime est la jalousie. Iago ne supporterait-il pas qu’un noir reçoive l’amour d’une blanche, le respect d’une armée et d’un peuple ? Il fait sa propre jalousie une arme contre Othello en attisant envers sa femme Desdémone (Emmanuelle Wion) des soupçons vite enflammés dans le cœur de cet amoureux passionné. Iago sait mettre à profit la fragilité du prince qui se trouve à Venise, en terre étrangère, préoccupé par la guerre qu’il mène à Chypre. Doublement aveuglé par la confiance accordée à Iago et par la fureur qui l’embrase, Othello perd tout ses repères et glisse dans la nuit de la barbarie. Comme souvent Iago est le centre de la pièce. La lecture est logique puisqu’il en est le moteur et Othello, qui donne pourtant son nom à la pièce, la victime. On est en droit d’y voir un choix original et intentionné de Shakespeare.

L’interprétation magnifique de Christophe Brault va dans ce sens. Son Iago est brillant, cynique, électrique, affreusement intelligent, évidemment diabolique et totalement désespéré. Il entraîne tout le monde dans le sillage noir de sa folie. A ses côtés, Othello (Babacar M’Baye Fall) s’impose par sa haute stature, la beauté sensuelle d’un corps puissant bien découplé ; on se doute vite que cet esprit droit sera une proie facile. Desdémone et forme un couple parallèle à celui formé par Othello et Iago.

othello (Babacar M’Baye Fall et Desdémone (Emmanuelle Wion)

La juvénile et pure Desdémone ne respire que pour l’amour de son bel Othello ; c’est l’épouse de Iago, femme forte et intelligente, qui démasque les intentions monstrueuses de son mari. Shakespeare ne juge ni l’un ni l’autre et renvoie dos à dos leur comportement et nos éventuels préjugés. Tout juste peut-on conclure à l’ambivalence de la nature humaine jamais totalement domptée.
Gilles Bouillon dénude l’espace où se tissent les tensions et, outre les quelques gadgets de mise en scène dont on se serait passé, il dessine fort bien les lignes de force de la pièce à travers ses choix de distribution concernant les quatre principaux protagonistes et une direction d’acteurs impeccable.

Othello de William Shakespeare, mise en scène Gilles Bouillon avec Babacar M’Baye Fall, Christophe Brault, Emmanuelle Wion, Alain Payen, Xavier Guittet, Alice Benoit, Mathilde Martineau, Marik Renner, Samuel Bodin, Solal Bouloudnine, Bertrand Fieret, Gaëtan Guérin. Au Théâtre de la tempête jusqu’au 16 décembre. Du mardi au samedi à 20h, dimanche 16h. Durée : 2h10. Tél : 01 43 74 73 83.

crédit : Eric Legrand

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