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Critiques / Théâtre

Oh les beaux jours de Samuel Beckett

par Jean Chollet

Les mots pour survivre

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Ecrite en anglais par Samuel Beckett et créée au Cherry Lane Theater de New-York en 1961, cette pièce à fait l’objet deux ans plus tard d’une version française de l’auteur, mise en scène par Roger Blin et interprétée par Madeleine Renaud, au Teatro del Ridotto dans le cadre du Festival de Venise, puis au Théâtre de l’Odéon le 21 octobre 1963. Avec un grand succès.

La cinquantaine, Winnie est enterrée au niveau de la taille - puis jusqu’au menton -, dans une butte de terre d’un paysage désertique. A son réveil, ses premières paroles “Encore une journée divine ”, ouvrent un monologue, parfois ponctué d’apostrophes et d’échanges avec son compagnon Willie tapi dans l’ombre. Flanquée d’un cabas noir contenant des objets usuels, une boîte à musique et un revolver, elle dispose d’une ombrelle pour s’abriter des rayons du soleil. Avec cette “ étrange sensation que quelqu’un me regarde ”, Winnie, organise les petits riens de son quotidien. Elle s’interpelle et parle avec conscience ou innocence de ses souvenirs, de ses rencontres et de sa condition, dans son inexorable enlisement qui progresse et conduit vers la mort. Elle trouve dans l’expression de ses paroles, en oubliant sa peur, une obstination à vivre quelles qu’en soient ses difficultés, dans un mélange de pathétique et de comique. Je parle donc je suis. Avec l’angoisse de ce moment, “où même les mots vous lâchent.”.

A travers ce personnage, Beckett aborde la dégradation amorcée depuis la naissance et le délabrement issu des ombres et des fractures de la condition humaine, dans une vision plus lucide que pessimiste. Même si, seule la fourmi que croise Winnie croit en l’avenir de ses œufs. Car cette pièce constitue sous sa profondeur tragique et son humour, une ode à la vie et un appel à la résistance.

Après Madeleine Renaud – qui reprendra ce rôle à plusieurs reprises durant des années - ce personnage hors norme a tenté de grandes comédiennes telles Denise Gence, Natasha Parry, Marilu Marini ou encore Catherine Samie. Aujourd’hui, Catherine Frot concrétise avec bonheur son souhait ancien d’être Winnie . En premier lieu, elle à l’âge qui convient, avec comme le souhaitait Beckett …“ de beaux restes.”. Tour à tour, mutine, coquette, gaie ou émouvante, avec la précision de sa gestuelle, de ses silences et de ses intonations, elle suscite l’empathie et s’inscrit dans la lignée des interprètes qui l’ont précédé. A ses côtés, Pierre Banderet, campe un Willie dont la présence physique sert d’exutoire.

Si cette œuvre trouve à chaque fois sa plénitude dans l’interprétation de Winnie, celle-ci se construit comme une partition et demande toute l’attention d’un chef d’orchestre. Dans sa mise en scène, Marc Paquien, accompagne avec de légers décalages subtils, les inflexions des nombreuses et incontournables didascalies dont Beckett a truffé son texte. Sans chercher à mettre l’accent sur sa dimension métaphysique, mais en le laissant librement flotter et entendre, ce qui suffit largement pour en faire ressentir profondément la portée. Elle s’exprime également dans le climat offert par le décor de Gérard Didier, dont la forte expression plastique laisse sourdre une implacable menace, sous les variations des fines lumières de Dominique Bruguière. Une création aboutie que n’aurait sans doute pas désavouée le grand Sam.

Oh les beaux jours de Samuel Beckett, mise en scène Marc Paquien, avec Catherine Frot et Pierre Banderet. Décor Gérard Didier, costumes Claire Risterucci, lumière Dominique Bruguière, Maquillages Cécile Kretschmar. Durée 1 h 30. Théâtre de L’Atelier. Jusqu’au 1er juin 2013, du mardi au samedi à 21h, matinée samedi à 17h.

Photo 1 : ©Gérard Didier

Photo 2 : © Pascal Victor/ArtComArt

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