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Critiques / Théâtre

Notre cher Anton de et avec Catherine Salviat

par Dominique Darzacq

Un portrait sourire aux lèvres

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En ces temps de théâtre saisi par les technologies comme les vieilles dames courent les chirurgiens esthétiques pour avoir l’air de rester jeunes, il est réjouissant de constater que le plaisir du théâtre peut naître de la simplicité, de ce presque rien qui fait tout quand la finesse et le talent s’en mêlent. Deux chaises, un clavecin miniature, une photo, quelques cahiers et feuillets épars, suffisent à Catherine Salviat pour vagabonder, et nous à sa suite, dans la vie et l’œuvre de Tchekhov. Elle le fait comme on feuillette l’album souvenir d’un parent, passant du journal, qu’il commença à écrire à quinze ans, à la correspondance, notamment les lettres adressées à Olga Knipper sa femme et l’interprète de ses pièces au Théâtre d’Art de Stanislawski. Retenu en Crimée où il lutte contre les bacilles, si le mari se morfond, « Chère actrice, adorable femme, ici à Yalta je m’ennuie comme un esturgeon. Je rage, je rage encore, j’envie le rat qui vit sous les planches de votre théâtre », le dramaturge reste vigilant et fait ses recommandations à l’actrice à propos de « Oncle Vania » dont il se désole de ne pouvoir suivre les répétitions, « Attention ne sois pas triste, Macha est en colère, oui, mais pas triste. Les gens qui portent en eux le chagrin, et qui sont habitués, se contentent de siffloter ».
Puisant dans le journal quelques éléments biographiques jalonnés de quelques réflexions et aphorismes : « la brièveté est sœur du talent », Catherine Salviat évoque le médecin qui part à Sakhaline enquêter sur la vie des forçats. Voyage dont Tchekhov revient « aussi épuisé qu’une danseuse après cinq actes et huit tableaux » et qui, décidant pour s’en remettre, d’entreprendre un voyage en Europe, remarque, « Je parle toutes les langues sauf les langues étrangères » et avoue « à l’étranger je m’ennuie ». Le vagabond a l’âme sédentaire attaché à sa terre natale et ses paysages. De même en lui, l’écrivain et le médecin sont inséparables. « Outre la médecine, ma femme légitime, j’ai aussi une maîtresse la littérature ! Quand l’une m’ennuie je couche avec l’autre. C’est peut-être désordre, mais ce n’est pas monotone ».

Par sa mère danseuse et assistante de Serge Lifar, Catherine Salviat fut dès l’enfance, dit-elle, « bercée et conquise par le charme de l’identité et de la culture russe. Cependant, la sociétaire honoraire de la Comédie-Française qu’elle est, qui a joué les grands classiques comme le répertoire moderne a peu fréquenté Tchekhov. Elle prend sa revanche aujourd’hui en ponctuant son évocation d’extraits de scènes, des Trois sœurs à La Mouette en passant par Oncle Vania , Le Chant du cygne ou quelques bribes de contes dits en russe.
Comme chez elle du côté de Tchekhov, de récit en jeu, la comédienne brosse un portrait en mosaïque d’un homme attentif à la misère des autres et à la nature ,d’un dramaturge au regard perçant mais chaleureux, doté d’un extraordinaire sens de l’humour et de la dérision exercé vis-à-vis de soi et qui en dépit des souffrances et de l’absurdité de l’existence quotidienne garde le sourire aux lèvres.

Notre cher Anton d’après les écrits de Tchekhov conçu et interprété par Catherine Salviat (durée 1h15)

Artistic Athévains tel 01 43 56 38 32 www.artistic-athevains.com

Photo ©Marion Duhamel

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1 Message

  • un article de qualité 12 juin 12:41, par Leray Monique

    Bonjour, Je trouve votre présentation de Cher Anton d’une grande qualité, très bien observé, j’avais vu la première présentation avec Catherine que je connais bien depuis longtemps et c’est un spectacle qui vaut le déplacement, malheureusement dans un théâtre peu connu du grand public.

    Cordialement

    repondre message

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