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Critiques / Théâtre

Notre besoin de consolation de Julie Bérès

par Dominique Darzacq

La bioéthique illustrée

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Si le talent du metteur en scène consiste à savoir fédérer autour de son projet des artistes qui en ont et à faire de la scène le carrefour où s’imbriquent les formes et les disciplines, Julie Bérès, c’est évident, a du talent. Pour elle, en effet, le texte dramatique ne saurait être le joyau à partir duquel tout s’organise. Non. Doutant que « le théâtre puisse à lui seul transformer le spectateur (le citoyen) en délivrant un « message » sur l’état du monde » , elle se veut semeuse de trouble et artisane d’un « théâtre suggestif » écrit à cru sur le plateau en mixant tout ensemble, corps, paroles, lumière, son, chant, danse, images.
Pour Julie Bérès, qui a fondé sa compagnie Les Cambrioleurs en 2001, jouer de l’illusion, voire du surréel, emmêler le virtuel et le concret, la brutalité des faits et les splendeurs de l’imaginaire est la meilleure des voies pour interroger les réalités du monde et de notre société. Ses spectacles sont autant de questions posées à partir « d’un travail d’immersion documentaire ».

Après On n’est pas seul dans sa peau qui explorait la vieillesse, cette maladie incurable qui avachit les corps et pervertit la mémoire, et Sous les visages qui racontait l’enfer moderne de la précarité et l’irrépressible tentation de rêver sa vie plutôt que de la vivre, Notre Besoin de consolation est une plongée dans un futur immédiat apte à bricoler le formatage des corps et la marchandisation de la vie et de la mort. « La science peut-elle combler notre besoin de consolation ? » s’interroge K né sous X et décidé à enquêter sur sa généalogie en même temps que sur tous les possibles qu’offre la génétique.

Images et mirages

A sa suite, de cryogénie - avec un mari qui conserve sa femme morte dans un congélateur -, en clonage, - une mère veut cloner sa fille qui s’est suicidée -, de mère porteuse en décryptage ADN, de transformations en avatars, nous plongeons dans les eaux égoïstes des mutations humaines que fomente la bioéthique.

Avec une science rare de l’espace et une fantastique maîtrise scénique, Julie Bérès joue des réverbérations sonores et visuelles, multiplie – clone en somme - les personnages, abolit les frontières entre le vrai et l’artificiel pour mieux « modifier notre regard ». Et pour tout dire, elle nous en met plein la vue ! Mais ses images et ses mirages, dont certains pâturent sur les terres de Philippe Genty, ne suggèrent, hélas, pas de point de vue susceptible de nourrir une réflexion ou un débat. Faute d’une véritable écriture dramaturgique, la recherche formelle occultant le fond, ce qui devrait ouvrir des abîmes et susciter l’effroi, s’avère le simple catalogue de faits scientifiques magnifiquement illustré.

Notre besoin de consolation de Julie Bérès avec Virginie Frémaux, circassienne, Mike Hayford, danseur, Agnès Joessel, comédienne, Eric Laguiné, comédien.

Le 19 novembre, Orly (les Théâtrales Charles Dullin) , 30 Saint-Nazaire. En janvier : du 6 au 14 Villejuif (Théâtre Romain Rolland), 20 Tarbes, 25 Troyes. En Février : du 3 au 5 Toulouse (Théâtre Garonne), 9 et 10 Forbach, 15 au 17 Chalon-sur-Saône. En mai : 4 au 6 , Strasbourg (le Maillon), du 10 au 13 Comédie de Reims.

photo Alain Monot

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