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Critiques / Théâtre

Noli me tangere de Jean-François Sivadier

par Corinne Denailles

The Sivadier touch

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On est en Judée, en 27 ; Rome, en la personne de l’empereur Tibère, veille au joug qu’il exerce sur le peuple hébreu sous l’autorité du préfet Ponce Pilate(Nicolas Bouchaud) et d’Hérode (Stephen Butel), tétrarque de Galilée. L’ambiance est tendue du côté de la mer morte. Le retour de la jeune Salomé (Marie Cariès), après dix ans d’absence, va mettre le feu aux poudres. Elle soupçonne sa mère (Charlotte Clamens) d’avoir fait disparaître son père au profit d’un usurpateur qu’elle déteste évidemment. Par ailleurs, un illuminé du nom de Jean-Baptiste (Rachid Zanouda), commence à inquiéter le pouvoir car il rassemble de plus en plus de monde par ses critiques d’Hérode et ses prêches qui appellent à un monde meilleur . De là à ce qu’il galvanise le peuple qui pourrait bien se révolter du jour au lendemain, il n’y a qu’un pas ; ça s’est déjà vu et ça continue à se voir. Régime dictatorial en Judée, soulèvement des Hébreux colonisés par Rome, tout pouvoir assuré par la force est menacé un jour ou l’autre par le peuple qu’il opprime (CQFD). Salomé a trouvé l’instrument de sa vengeance personnelle ; si elle se moque de la politique, elle a compris qu’en demandant la tête du prophète contre la danse réclamée par Hérode qui en pince pour sa belle-fille, elle déstabilisera le pouvoir politique de son beau-père, ce qu’elle fait donc.

Un petit peu de la Salomé d’Oscar Wilde, un petit peu d’Hérodias de Flaubert, un large détour du côté de Shakespeare avec des échos du Songe et sa troupe de comédiens amateurs, encore que celle de Sivadier rappelle surtout la scène du spectacle comploté par Hamlet pour confondre le crime maternel. On apercevra aussi quelque chose d’Antigone derrière la silhouette de Salomé, le tout traité sur le mode BD façon Astérix mâtiné de Jérôme Savary et des Deschiens de Deschamps, mais aussi dans le style péplum, tempéré par la référence brechtienne au théâtre de tréteaux qui est la marque de fabrique des spectacles de Sivadier, tout comme, en préambule, les adresses au public confiée à Nicolas Bouchaud, prise de contact avec le public qu’on met en condition comme on chauffe une salle, recherche d’une connivence pour un théâtre qui se veut avant tout festif. Un peu de tout mais pas de véritables lignes de force, voilà par où pèche cette « comédie biblique » qu’on a pourtant envie d’aimer tant elle dégage d’énergie et de plaisir du jeu. On espère que quelque chose se passe qui vienne donner de la cohérence à ce spectacle un peu brouillon, un miracle peut-être ? Mais le Christ n’est pas encore arrivé à ce moment de l’histoire (quoi qu’en dise le titre du spectacle). Certaines scènes tournent à vide ou virent au tunnel comme le monologue de Lokanaan (le saint Jean-Baptiste des Évangiles). La danse de Salomé est bien pauvrette à côté de la légendaire et torride danse des sept voiles. Le spectacle semble parfois se perdre dans l’espace scénique bizarrement occupé, renforçant l’impression de décousu du texte. Mais il est aussi de belles réussites comme cet insolite dispositif lumineux constitué de lustres comme autant de bouquets de « servantes ». Finalement, les acteurs sauvent la mise, Bouchaud le premier en Ponce Pilate dépressif, fatigué de tout et de lui-même finira par se laver les mains de toutes ses histoires, mais il ne le sait pas encore à ce stade du feuilleton biblique. Il est non moins réjouissant en comédien ringard d’une troupe amateur ; Stéphane Butel campe un Hérode au bord de la crise de nerfs tandis que Nadia Vonderheyden, séraphique et décalée, fait l’ange à merveille.

Noli me tangere de et mise en scène Jean-François Sivadier. Scénographie, Jean-François Sivadier et Christian Tirole. Costumes, Catherine Coustère ; lumière, Philippe Berthomé avec Jean-Jacques Beaudouin ; son, Jean-Louis Imbert ; chorégraphe, Maude Le Pladec. Avec Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Marie Cariès, Charlotte Clamens, Vincent Guédon,Eric Guérin, Christophe Ratandra, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda. Au théâtre de l’Odéon, Ateliers Berthier jusqu’au 22 mai du mardi au samedi à 20h, 15h le dimanche. durée : 2h45
Spectacle créé en 2001 au Théâtre national de Bretagne.

http://www.t-n-b.fr/

photo Brigitte Enguérand

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