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Critiques / Théâtre

Noéplanète d’Árpád Schilling

par Corinne Denailles

Tout est dans tout et réciproquement

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Árpád Schilling, l’enfant terrible de la Hongrie, est un artiste de son temps qui n’hésite pas à monter au créneau pour dire son indignation comme ce fut le cas récemment. Dans une tribune du journal Le Monde, il s’est montré choqué de l’attitude du gouvernement hongrois qui a laissé filer en Azerbaïdjian, où il a été gracié, l’officier azéri qui a décapité un homme pendant son sommeil parce qu’il était Arménien. Sa condamnation à perpétuité s’est évaporée pour une poignée de dollars. Árpád Schilling exhorte Viktor Orban a présenté ses excuses à l’Arménie et il en profite pour lui reprocher sa politique raciste à l’égard des tsiganes en Hongrie.

Ce dernier point est au cœur de son spectacle Noéplanète dans lequel il a invité des Roms, un jeune homme de 24 ans et deux jeunes gens d’une quinzaine d’années. Il utilise le media du théâtre pour permettre au public de dialoguer avec un des représentants de ce peuple éternellement persécuté et chassé, comme en témoigne l’actualité, ici et ailleurs. Contribuer à porter un regard neuf et bienveillant sur les Roms par le biais du théâtre pourquoi pas. Encore eût-il fallu que cette préoccupation soit le moteur d’un projet artistique car sinon quel sens cela a-t-il de faire venir un jeune homme à l’avant-scène pour répondre aux questions du public dans la salle qu’on a allumée. Le dialogue est traduit en direct, très bien mais les questions sont à peu près sans intérêt (où a-t-il appris le français ?). Tout ça est très convenu. On ne sait plus où on est. Le spectacle avait débuté sur un préambule où on nous expliquait qu’on allait nous parler de la notion de choix. Selon quels critères choisit-on, est-on libre de ses choix, etc ? question intéressante mais quel rapport avec les Roms, S’en est suivi une belle séquence de ruptures amoureuses sur un écran presque intégralement occupé par le dos de l’homme tandis qu’on aperçoit partiellement la femme. On aura compris qu’il s’agit d’une variation sur la notion de choix mais quel lien avec les Roms, hormis le fait qu’ils n’ont pas choisi d’être chassés de partout ? Quel rapport avec les images en noir et blanc qui nous montrent une plage déserte qui pourrait être tirée d’un film de Visconti ? Un jeu de devinettes pour dire la déliquescence du monde ?

Ainsi des éléments disparates sont jetés ensemble sur scène, entre images documentaires, scènes de théâtre et faux débat public. On assiste à de beaux numéros d’acrobates ; puis à une scène de quartier, une histoire glauque de fric, d’emprunt, de chantage, de sans papiers, de petites combines qui puent, etc. Sur l’écran, des images de chambre d’hôtel, de petit trafic. Des acteurs dénudés ça et là (métaphore à méditer). Et puis la belle Pontiac rose (mais est-ce bien une Pontiac ?) arrive sur le plateau en majesté. Puis vient le jeu où il faut voter pour celui des personnages qui aura la chance d’embarquer dans la belle auto en route pour une nouvelle planète et un nouveau monde. Ah, on se retrouve, revoilà le sujet du spectacle qu’on avait perdu de vue. Qu’est-ce que ce Noéplanète où on nous dit, citant la Genèse, que Dieu a regretté d’avoir créé les hommes mais qu’il a décidé de sauver Noé parce qu’il était sympathique (Non, ce n’est pas vrai, il ne dit pas ça). Un spectacle en forme de grand capharnaüm (à l’image du monde ?), une pensée inorganisée qui voudrait parler d’une société en perdition, d’un espoir de renaissance, mais à quelles conditions ? Un projet flou que le spectateur se lasse de chercher à comprendre. Et de s’ennuyer tout en marmottant que ce spectacle tire décidément en longueur et que c’est dommage car il y a là bien des talents.

Noéplanète de Árpád Schilling Conception, scénographie et mise en scène : Árpád Schilling. Costumes : Sosa Juristovszy. Musique : Marcell Dargay
Avec Andor « Marci » Balázs, Casandra Dumitru, Karim Bel Kacem, Vincent Brayer, Emilie Combet, Cédric Djedje, Lionel Dray, Fragan Gehlker, Nina Nkundwa, Frédéric Noaille, Lucas Partensky, Thomas Perrier, Viivi Roiha, Elisa Ruschke, Spartacus Ursu, Marc Vittecoq. Au théâtre national de Chaillot, jusqu’au 26 octobre 2012. Du mardi au samedi à 20h30. Durée : 2h20. A partir de 12 ans.

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