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Critiques / Théâtre

Montedidio de Erri de Luca

par Dominique Darzacq

Des fourmis sur la pente du Vésuve

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Montedidio, montagne de Dieu en napolitain, est un quartier populaire aux ruelles étroites, situé sur les hauteurs de Naples, « où le ciel et la terre se confondent » et où, par là – même, le sacré et la magie s’emmêlent au quotidien, le surnaturel au réel, le miel et le fiel. C’est là, et sur une trame autobiographique, que l’auteur pose la poignante population d’un conte initiatique taillé dans le tissu de l’âpreté des jours et du fantastique.

Le héros en est un adolescent qui, à l’âge « où l’on pue encore l’encre d’écolier », entre le rabot du menuisier chez qui il travaille et le lancé du boomerang offert par son père à l’occasion de ses 13 ans, fait l’apprentissage de la vie. Un rude chemin sur lequel il y a le deuil, la mort de sa mère, mais aussi l’amitié. Celle de Rafaniello, vieux cordonnier juif aux cheveux carotte que les vicissitudes de la Seconde Guerre mondiale ont jeté sur les rives de Naples « comme un touriste qui s’est trompé de réservation ». Mais quand les ailes qui y sont enfermées auront cassé sa bosse comme une coquille d’œuf, il s’envolera enfin vers Jérusalem.

Et puis il y a Maria, la fille de la voisine qui a décidé de ne plus « faire ça » avec le propriétaire en échange des loyers impayés et avec qui, sur la terrasse, il lancera son boomerang et passera à l’âge adulte.
« Mes romans se ressemblent tous parce que le personnage principal en est la ville de Naples. Tous les autres protagonistes sont des fourmis installées sur les pentes du volcan » aime à dire Erri de Luca. C’est donc sur fond de Vésuve que le plasticien napolitain Michele Lodice installe une scénographie aussi astucieuse qu’inspirée et que domine un superbe nid fabriqué de branches et de feuilles.

Lisa Wurmser, qui signe l’adaptation du roman (Prix Femina 2002) et la mise en scène, est comme chez elle dans les entrelacs de la réalité et du fantastique. En toute parenté d’humeur avec l’auteur, elle orchestre finement jeux d’ombres et de lumières, images projetées, allusion au cinéma italien des années cinquante et même au très fameux « Variétà » napolitain, et donne toute sa saveur à une histoire qui se pare de poésie pour dire l’enfance asservie, et affirme que c’est par l’éducation que s’évite la ségrégation. Un programme qui de toute évidence reste d’une brûlante actualité.

Non, on ne reprochera pas à Lisa Wurmser son goût manifeste pour les écritures à fort tanin d’onirisme et d’humour mélancolique, magnifiée ici, par toute l’équipe des comédiens, et parmi eux François Lalande, dont le cordonnier ambulant qui rêve de voler vers Jérusalem semble sorti tout droit d’un tableau de Chagall.
Une de ces belles et trop rares soirée de théâtre.

Photo Lot

Montedidio d’Erri de Luca. Adaptation et mise en scène Lisa Wurmser, avec Chad Chenouga, Andrea de Luca , Léa Girardet, François Lalande, Jérémie Lippmann.

Théâtre de l’Atalante 1h10 Jusqu’au 9 mars tel 01 46 06 11 90
22 Mars à Beynes (La Barbacane) 78, 26 mars, Alforville 94 (Le Pôle artistique)

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