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Critiques / Théâtre

Monkey Money de Carole Thibaut

par Dominique Darzacq

L’argent côté pile et côté faste

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Auteure, metteure en scène, comédienne, et depuis janvier dernier directrice du Centre Dramatique national de Montluçon (Le Théâtre des Îlets) Carole Thibaut passionnée par les écritures contemporaines, a notamment mis en scène Daniel keene, Jon Fosse, Armando Llamas, Gilles Granouillet, Rémi De Vos. Depuis 2006 et Avec le couteau le pain , elle écrit et réalise ses propres spectacles qui puisent leur inspiration dans la réalité et le plus souvent à partir d’échanges, d’entretiens ou de rencontres. C’est ainsi que Monkey Money, qui a pour lieu de naissance une grande entreprise de vente de crédits où Carole Thibaut passa la journée, nous plonge au cœur des dérives du libéralisme et de ses méfaits, met en scène le monde de l’argent. Celui que l’on gagne en toute bonne conscience capitaliste et celui dont on manque, deux mondes opposés, les pauvres et les nantis, et sur le plateau du théâtre séparés par un rideau opaque, sorte de frontière infranchissable. Derrière, presque invisibles et inaudibles, une famille pauvre autour d’une pizza. Le père est chômeur, le fils,une jeune fripouille sans scrupule, dont la mère craint « qu’il aille faire le Djihad », la fille, Léa, est prête à se vendre pour quelques euros. De l’autre côté, en pleine lumière et sans complexe, on sable le champagne pour fêter le trentenaire de la Bee Wi Bank, organisme de crédit. Sous les embrassades et congratulations de circonstance, percent les ambitions et les frustrations d’un monde qui ignore le doute et fonctionne en vase clos. La fête bat son plein en toute fausse unanimité, lorsque, venu de l’autre côté du mur, surgit le père chômeur qui, pris à la gorge par ses crédits, se dit prêt à s’immoler par le feu si la Bee Wi Bank n’efface pas sa dette. « Quel besoin avait-il cet humain à tête de chien de venir troubler notre résignation » s’exclame la fille du PDG de l’entreprise avant de fendre le mur comme on fend l’armure pour aller chercher Léa la fille du chômeur qui faute de voir sa dette annulée s’est comme il dit « fait cramer ».

Judicieusement serti des décors signifiants d’Antoine Franchet qui signe également les partitions lumières et vidéo, servi par une troupe d’excellents acteurs, le spectacle s’ouvrent par deux scènes fulgurantes qui nous interpellent, l’une de façon bouleversante, l’autre avec un humour grinçant, sur les deux faces d’une société où tout se vend et s’achète. Deux scènes focales, si saisissantes de vérité que la suite semble en être une déclinaison un peu fade et simpliste. Sans doute emportée par son propos qu’elle développe entre réalisme et lyrisme, brutalité concrète et emphase poétique, Carole Thibaut n’évite pas les poncifs et les clichés qui collent à la peau des riches et des pauvres et finalement nous laisse sur la rive d’une fable qui rêve à haute voix d’un monde où les murs pourraient se fissurés..

Avec ce spectacle et après L’idéal féminin (2014) , Une liaison contemporaine (2015), Carole Thibaut retrouve la Maison des Métallos dont la politique est d’accompagner les spectacles qu’elle met à l’affiche de rencontres et de manifestations qui les mettent en résonance. C’est ainsi, qu’à propos de Monkey Money , sur le même thème, et suivi d’un débat avec les artistes, sera présenté Enfin une bonne nouvelle, le film de Vincent Glenn (le 19 à 19h) qui animera également un atelier-débat sur le thème Peut-on créer une agence citoyenne ? pourquoi et comment (le 24 à 14h30 et 17h30).

Monkey Money texte et mise en scène Carole Thibaut. Avec Thierry Bosc, Charlotte Fermand, Michel Fouquet, Carole Thibaut en alternance avec Valérie Scwarcz, Arnaud Vrech durée 1h35

Maison des Métallos jusqu’au 25 septembre tel 01 47 00 25 20
Puis au Théâtre des Îlets à Montluçon du 11 au 14 octobre.

Photos ©Simon Gosselin

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