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Critiques / Théâtre

Mesure pour mesure de William Shakespeare

par Corinne Denailles

tragi-comédie

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Adel Hakim a pris le parti de la farce et du masque pour mettre en scène cette pièce atypique qui se déroule comme une tragédie et finit comme une comédie. Pour ce faire, il a un peu bousculé le texte, conçu un plateau façon piste de cirque ou tréteaux en cercle, à l’occasion fait chausser des rollers à un comédien, qui fait une entrée en scène énigmatique à grande vitesse. Le résultat est plaisant mais sensiblement réducteur. Un parti pris moins réussi que celui adopté par Jacques Nichet en 2001 qui avait donné de la pièce une lecture ciselée, toute en ombres et lumières, une version aux mille nuances d’une subtilité confondante qui révélait dans ses plis toutes les ambiguïtés du propos.

Plutôt comédie

Le Duc de Vienne (Malik Faraoun) ayant perdu tout autorité sur la ville décide de confier le pouvoir à son homme de confiance, Angelo (Frédéric Cherboeuf), pour rétablir l’ordre, prétextant un voyage. En son absence, Angelo véritable ange exterminateur, restaure l’autorité en s’attaquant à la débauche qui corrompt la ville. Il s’en prend, pour l’exemple, à un pauvre bougre bien honnête, Claudio (Thierry Barèges), qui a eu le tort d’honorer sa belle avant le mariage et de lui faire un enfant. Le voilà condamné à mort. Pour le sauver, on fait appel à sa sœur, la sensible Isabella (Julie-Anne Roth), qui est à la veille de prononcer ses vœux. Elle tente de fléchir Angelo qui, séduit par le charme de la belle, se laisse corrompre par son propre désir et lui propose un pacte infâme, sa virginité contre la vie de son frère. Pendant ce temps, le duc de Vienne est revenu en ville, sous couvert d’un déguisement de moine et connaît la situation. Il use de l’autorité retrouvée grâce à Angelo qu’il évince, confond et condamne au mariage avec celle qu’il avait abandonnée quelques années plus tôt. Tout est bien qui finit bien dans la mise en scène d’Adel Hakim.

Quoique...

Pourtant, chez Shakespeare, la comédie ne l’emporte pas de manière franche car des zones d’ombre et des ambiguïtés subsistent. Ce duc tire partie de la situation à bon compte tout en faisant preuve d’équité sans user de violence. Angelo n’est finalement pas pire qu’un autre, susceptible comme chacun de succomber à la tentation et à ses contradictions. Shakespeare met ici en lumière les ressorts intimes qui sous-tendent les relations entre les hommes, mélange de générosité et d’égoïsme, de masques et de sincérités, d’ambition et d’idéalisme, rêve de moralité et penchant pour la luxure, une riche palette qui fait la nature humaine.

Mesure pour mesure de William Shakespeare, mise en scène Adel Hakim, avec Philippe Awat, Thierry Barèges, Isabelle Cagnat, Frédéric Cherboeuf, Étienne Coquereau, Jean-Charles Delaume, Malik faraoun, Nigel Hollidge, Catherine Mongodin, Julie-Anne Roth.
Au théâtre Antoine Vitez à Ivry du 8 novembre au 5 décembre, du mardi au samedi à 20h. 19h le jeudi, 16h le dimanche. Tél : 01 43 90 11 11. 31 janvier et 1er février au Centre des bords de Marne ; le 9 février au palais des sports et de la culture du Grau-du-Roi.

www.theatre-quartiers-ivry.com

Crédit photo : Bellamy

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