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Mécénat et spectacle vivant

par Gilles Dumont

La loi d’août 2003 va-t-elle favoriser le rapprochement ?

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Webthea : Marianne ESHET vous êtes déléguée générale de l’association Admical. Pourriez-vous nous présenter cette association et ses missions ?

Marianne Eshet : Admical a été crée en 1979 à l’initiative de trois jeunes étudiants français qui avaient réalisé une étude sur la philanthropie aux États-unis et qui, à leur retour, se sont demandés pourquoi il n’existait pas d’organisme qui fédérait les actions de mécénat en France. Ils se sont alors lancés dans cette aventure et ont cherché l’appui d’une personnalité qui pourrait cautionner leur projet. Ils ont eu la chance de rencontrer Jacques Rigaud qui a accepté de présider cette association.
Admical a pour mission principale de favoriser et de promouvoir le mécénat d’entreprise en France par le biais de trois actions principales : Représenter les entreprises mécènes et défendre leurs intérêts auprès des pouvoirs publics et des médias ; créer et animer un réseau d’échange ; et enfin, former et informer les acteurs du mécénat.

La première action est une action de lobbying qui est mise en œuvre depuis plus de vingt ans. Elle vise à améliorer le cadre juridique et fiscal du mécénat d’entreprise en France qui est très en retard par rapport aux autres pays européens.
Ces efforts ont finalement abouti au lois de 1987, 1990, 2000 et 2002, et surtout à la loi du 1er août 2003. Cette dernière représente une incitation fiscale importante pour les entreprises. Nous avons aussi un certain nombre de correspondants en région et nous sommes co-fondateurs et adhérents et animateurs de réseaux européens et internationaux.

Nous organisons tout au long de l’année des conférences thématiques, mais aussi quelques rencontres plus informelles qui permettent aux adhérents de se rencontrer et d’échanger leurs expériences. Tous les deux ans, nous organisons les Assises Internationales du mécénat. Nous décernons également « Les Oscars du mécénat » par lesquels nous récompensons les entreprises ayant une politique de mécénat exemplaire.

Admical est aussi une plate-forme d’information et de ressources. Nous avons un site Internet (www.admical.org) très complet et nous éditons un certain nombre de publications : Le Répertoire du mécénat d’entreprise considéré comme « la bible » du mécénat en France, une revue trimestrielle qui donne la parole aux entreprises et aux associations, et un guide juridique et fiscal du mécénat.
Pour terminer, nous sommes également un organisme de formation professionnelle. Deux fois par mois, nous organisons des journées destinées aux porteurs de projets, mais également des actions de formation auprès des entreprises.

Webthea : Vous avez évoqué la loi du 1 août 2003. Qu’apporte-t-elle de nouveau ?

Marianne Eshet : Il faut tout d’abord savoir que cette loi a pu voir le jour grâce aux propositions d’Admical (en particulier celles d’Olivier Binder cofondateur d’Admical).
Puis elle a été impulsée par le Premier ministre en personne, qui en a présenté les premières mesures en 2002. Il y a donc une vraie volonté des pouvoirs publics à inciter les entreprises à venir compléter les subventions qui existent déjà. Sur un plan fiscal, cette loi permet de déduire directement de l’impôt 60% du montant versé.
Si, par exemple, une entreprise donne 1000 Euros à une association, cela ne lui coûtera que 400 euros, et elle va directement déduire de son impôt 600 euros. Ce qui représente une vraie révolution.

Webthea : Est ce que le mécénat peut s’appliquer à des petites structures ?

Marianne Eshet : Je suis étonnée que vous me posiez cette question parce que c’est évidemment ouvert à tous. Ce n’est surtout pas l’apanage des grandes entreprises. Sachez que 70 % des entreprises mécènes sont des P.M.E., mais en terme de budget ce sont bien sur les plus grands groupes qui font les plus gros volumes.
Pour une entreprise, devenir mécène, c’est bien sûr investir sur son image. Mais c’est être aussi un acteur qui souhaite s’impliquer dans la société.

Webthea : Quels conseils donneriez-vous à une association ou une entreprise qui souhaiterait se lancer dans une politique de mécénat ?

Marianne Eshet : Le secteur de l’entreprise et le secteur associatif sont deux mondes qui se côtoient, mais sans vraiment se connaître.
Aujourd’hui, les associations ont compris qu’elles pouvaient chercher des fonds auprès des entreprises et qu’il y avait là la possibilité d’un enrichissement mutuel. D’un coté, l’artiste apporte son originalité et sa créativité, et de l’autre coté, l’entreprise apporte ses méthodes et son professionnalisme.
Les conseils que je pourrais donner à une entreprise, c’est de bien sélectionner les associations qui correspondent au mécénat qu’elle veut mettre en place, de choisir le bon partenaire, puis de définir un cahier des charges clair et précis. La démarche s’applique de la même façon aux associations.
Puis, il faut savoir allouer le budget nécessaire qui peut être financier, mais qui peut aussi se concrétiser sous forme d’apport en compétences. Ce dernier type de mécénat se développe de plus en plus. Et puis, c’est aussi et peut-être avant tout, une question d’affinités et de rencontres.

Webthea : Afin qu’une P.M.E. puisse bénéficier de ces déductions d’impôts, quels sont les critères à respecter ?

Marianne Eshet : C’est assez simple ! La P.M.E. va pouvoir bénéficier de cette réduction d’impôt si elle donne de l’argent à un projet ou à une association soutenant une mission d’interêt général.
Pour les P.M.E., ce n‘est pas très simple de soutenir des projets importants car elles n’en ont pas forcement les moyens. D’où le développement, depuis une vingtaine d’année, des clubs d’entreprises. Ils permettent aux P.M.E. de soutenir certaines actions avec des sommes modestes.

Webthea : Est ce que le spectacle vivant n’est pas un peu le parent pauvre du mécénat ?

Marianne Eshet : Aujourd’hui la musique et les arts plastiques sont toujours en tête, suivis par les secteurs de l’audiovisuel et du multimédia qui ont pris un grand essor dernièrement.
Ce sont effectivement le théâtre et la danse qui bénéficient le moins du mécénat d’entreprise.

Webthea : Comment faire alors pour améliorer la situation ?

Marianne Eshet : Comme vous le savez, le mécénat n’est pas un acte désintéressé et il a un sens pour l’entreprise aussi. Si elle pense qu’à travers la danse ou le théâtre elle peut mieux communiquer et asseoir son image, elle n’hésitera sûrement pas à se lancer dans ce type de mécénat.
Maintenant, il revient aux associations de convaincre les entreprises qu’à travers, par exemple, la danse ou le théâtre, qui paraissent plus difficiles d’accès, elles peuvent aussi développer une partenariat bénéfique.
La danse est souvent réservée à un public plus étroit et plus élitiste, comparée aux arts plastiques qui sont devenus populaires grâce aux musées et aux expositions.
Dans le domaine du spectacle vivant, ce sont majoritairement vers les festivals que se tournent les mécènes.

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