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Critiques / Théâtre

Marie Stuart de Friedrich Schiller

par Corinne Denailles

Soleil noir

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On connaît de Marie Stuart plus la légende élaborée par Schiller que la vérité historique d’une vie de reine qui ne laissa guère de traces. Au-delà du contexte politique des guerres de religions qui faisaient rage en Angleterre à cette époque, l’écrivain allemand a vu dans le conflit qui opposa deux reines et deux cousines l’occasion de mettre en lumière l’universel conflit entre vie privée et raison d’état. Marie Stuart, reine de France et d’Ecosse, devenue persona non grata à la mort de son époux François II, grâce à l’influence de Catherine de Médicis, regagne l’Ecosse. Une passion irréductible la conduira à se faire complice de l’assassin de son mari, un cousin veule et sans envergure. Chahutée par les révoltes qui grondent, la très catholique Marie Stuart se réfugie auprès de sa sœur Elisabeth Ière d’Angleterre, défenseur du protestantisme et de l’Eglise anglicane. Deux héritières du trône, l’une par le sang l’autre par testament ; deux femmes que tout oppose : leur conception de la gouvernance, leur rapport au pouvoir, leur féminité. Marie Stuart défend une tradition séculaire qui la fait reine de droit divin ; c’est une belle femme tout en séduction qui a la réputation de ravager les cœurs des hommes. Elisabeth, féministe avant l’heure, veut gouverner comme un homme au service de son peuple et sans avoir de comptes à rendre au Vatican qu’elle vomit.

Une mise en scène en clair-obscur

Fabian Chappuis a resserré le cadre de la pièce de Schiller autour des personnages principaux et choisi une traduction presque contemporaine très belle, à la fois percutante, fine et d’une grande fluidité. La mise en scène s’appuie sur des lignes de force souterraines qui concourent à laisser affleurer l’humain et tendent le drame dont on connaît d’emblée l’issue puisque les derniers mots d’Elisabeth sont ceux qui ouvrent la pièce. On sait que Marie va mourir, l’intérêt réside dans l’exposition du réseau serré des différents éléments constitutifs du drame : intrigues de palais, suspicions derrière chaque sourire, jeu des apparences, trahison en veux-tu en voilà et pourtant, aucun manichéisme, chaque personnage oscille entre ombre et lumière, recherche sa propre vérité. Elisabeth est entourée de conseillers plus ou moins fiables. Le baron de Durleigh qui l’incite à condamner Marie est habile stratège, maniant le verbe comme une épée, tranchant, méchamment ironique, il en imposerait si de discrètes crispations ne trahissaient un désordre intérieur inquiétant. Sébastien Rajon interprète ce gardien du pouvoir qui en pince certainement pour sa reine, comme quelques autres. Rajon, membre de la compagnie Acte 6 est aussi un brillant metteur en scène (entre autres, Le Balcon de Genet avec Michel Fau, Les Courtes Lignes de monsieur Courteline). Aurélien Osinski, lui aussi de la compagnie Acte 6, est ici un autre conseiller d’Eliabeth qu’il incite à la tempérance et à la compassion. Marie-Céline Tuvache est une Elisabeth impériale qui n’est pas sans évoquer la prestance hiératique, un peu guindée d’une Marlène Dietrich, drapée dans la rigueur de l’idée qu’elle se fait du pouvoir. Dans sa robe rouge sang, Isabelle Siou oppose sa blondeur, sont teint clair, sa complexion délicate, un cœur orgueilleux palpitant. Les acteurs portent admirablement le texte, dans une retenue d’une grande densité, sur un rythme tout uniment soutenu.
Le sol noir du plateau nu scintille de sombres éclats dans le clair-obscur qui noie la lumière et les ombres. Les lumières blanches , plus ou moins crues sculptent les espaces ; on devine dans l’ombre une colonne symbolisant le palais, un rond de lumière découpe la cellule de la prison où est enfermée Marie Stuart en attendant sa sentence. Une seule scène échappe brièvement à cet univers oppressant offrant à la captive un espoir fugitif : la voilà avec sa suivante au bord de la mer très joliment figuré par des images vidéos qui projettent le mouvement léger des vagues sur le rivage noir. Mais tout conspire à lui nuire, et Marie affronte la tragédie qui s’accomplit avec une dignité sans faille. Un spectacle sans esbroufe et sans prétention qui, par sa rigueur et sa finesse, atteint à une véritable force de frappe émotionnelle et esthétique.

Marie Stuart de Friedrich Schiller mise en scène Fabian Chappuis avec Pascal Ivancic, Philipe Ivancic, Stéphanie Labbé, Jean-Christophe laurier, Aurélien Osinski, Benjamin Penamaria, Sébastien rajon, Isabelle Siou, Jean Tom, Marie-Céline Tuvache Au théâtre 13 jusqu’au 20 avril. Mardi, mercredi, vendredi, 20h30, jeudi et samedi à 19h30, dimanche 15h30.Tél : 01 45 88 62 22.

crédits photographiques : Bastien Capela

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