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Critiques / Opéra & Classique

Maria Stuarda

par Charles Rosenbaum

Emouvante reine d’Ecosse

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Et dire que cette Maria Stuarda, de Donizetti, aurait pu connaître un sort presque aussi funeste que celui de l’infortunée Marie Stuart, la reine d’Ecosse qui fut décapitée sur les ordres de sa cousine Elisabeth, reine d’Angleterre, surnommée la "Reine rouge". Et cela eut été dommage, car la représentation que vient d’en donner le théâtre de Caen, en coproduction avec le Grand Théâtre de Genève, fut superbe.
De fait, ce fut un réel plaisir de mélomane d’assister à la renaissance de ce chef d’œuvre du répertoire de bel canto, ouvrage injustement délaissé dont le rôle-titre fut pourtant un des rôles favoris de la Malibran. Gaetano Donizetti (1797-1848), dont on connaît davantage les Lucia di Lamermoor, Elixir d’amour ou autre Fille du régiment, connut nombre de vicissitudes pour cette Maria Stuarda qui, lors de sa création en 1834, subit les foudres de la censure milanaise.
Donizetti aima les sujets anglais comme en témoignent ses Lucia di Lamermoor ou Anna Boleyn, et surtout cette Marie Stuart inspirée du drame de Schiller qui confronte sauvagement Elisabeth d’Angleterre la protestante à Marie d’Ecosse la catholique.

Une distribution de rêve

À Caen, l’ouvrage fut représenté dans sa rare édition critique, respectant ainsi sa mouture initiale. Alain Garichot, metteur en scène, en respecta la chronologie en la situant à la fin du XVIe siècle. Professeur d’interprétation, il a parfaitement dirigé les artistes de la distribution. À la direction d’orchestre, Nicolas Chalvin, ancien assistant d’Armin Jordan à Lausanne et qui ne connaît pas de limites à son répertoire (Offenbach, Ravel, Gluck, Poulenc, Boesmans et Chostakovitch en font partie), donna vie au charme romantique de l’écriture de Donizetti. Son interprétation impeccable fut servie par une distribution de rêve.
La Tyrolienne Gabriele Fontana (Maria Stuarda), belle à ravir, possède une voix angélique qui lui permit de marcher, transfigurée, au supplice : scène bouleversante qui arracha autant de larmes aux choristes qu’aux spectateurs. Mariana Kulikova, (Elisabetta) mezzo américano-ukrainienne, sut accorder la gravité de son timbre à la cruauté de son rôle de reine sanguinaire. Le duo Fontana-Kulikova put se comparer sans craindre le ridicule aux duos mythiques Gencer-Verrett, Caballé-Verett et surtout Sutherland-Horne. Quand le ténor Eric Cutler (Leicester) apprendra à se déplacer et à mieux se tenir en scène, il figurera parmi les meilleurs ténors romantiques et rossiniens. Sa prestation vocale n’en fut pas moins remarquable, tout comme celles des autres interprètes Giovanni Furlanetto (Talbot) et Marzio Giossi (Lord Guglielmo Cecil).

Maria Stuarda, tragédie lyrique en deux actes de Gaetano Donizetti, sur un livret de Giuseppe Bardari inspiré de Friedrich Schiller. Orchestre et choeur du Théâtre de Caen, direction Nicolas Chalvin, mise en scène : Alain Garichot, décors : Alain Lagarde, costumes : Claude Masson. Avec Gabriele Fontana, Mariana Kulikova, Eric Cutler, Giovanni Furlanetto, Marzio Giossi. Théâtre de Caen, les 20 et 22 avril 2005, en coproduction avec le Grand Théâtre de Genève.

L’Opéra de Marseille accueillera une nouvelle production de Maria Stuarda de Donizetti, réalisée par le théâtre de Bergame. Mise en scène et costumes : Francesco Esposito, orchestre et chœur de l’Opéra de Marseille, direction musicale : Patrick Davin. Avec Angeles Blancas Gulin, Marie-Ange Todorovictch, Giocchino Lauro Li Vigni, Franck Ferrari , Wojtek Smilek. Du 15 au 22 juin 2005. Réservations téléphoniques au 04 91 55 11 10.

Photo : GTG - Isabelle Meister

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