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Critiques / Théâtre

Maître Puntila et son valet Matti de Bertold Brecht

par Corinne Denailles

Une fable politique

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Le metteur en scène colombien Omar Porras est passé maître du baroque versant sud-américain. Un baroque qui suppose une démesure teintée de spiritualité, qui met l’humain au centre du tableau. C’est peut-être pourquoi il s’est apparemment écarté de la dimension politique de la pièce de Brecht, Maître Puntila et son valet Matti, pour retenir plutôt la fable et ses protagonistes. Il met en scène un groupe d’individus fortement caractérisés par un tempérament singulier et par la relation qu’ils occupent les uns par rapport aux autres. Puntila est un maître cyclothymique dont l’humeur varie au gré du nombre de bouteilles d’alcool qu’il ingère. Heureusement, le plus clair de son temps il est ivre mort, et donc un bonhomme débonnaire et généreux. Mais quand soudain il décide d’être sobre, alors il devient l’homme le plus méchant qu’il soit, révélant sa vraie nature de riche propriétaire. C’est dire si la justice dans ces conditions est aléatoire. Matti, valet et sage, tempère les excès de son maître avec doigté et lorsque celui-ci veut lui donner sa fille, il a la sagesse de refuser, sachant que, définitivement, ils ne sont pas du même monde. Leçon brechtienne.

C’est dans un magnifique décor de carton imaginé par Jean-Marc Sthelé (le décorateur des merveilleux spectacles de Benno Besson), que l’on tourne les pages de cet album coloré, où tout est de guingois, animé de figures masquées. On y croise le petit peuple des pauvres saisonniers qu’on achète au marché. La fille de ferme qui raconte le fardeau de ses journées. Le travail d’acteurs est exceptionnel. Entravés par des consignes de jeu et des costumes de haute contrainte, ils y puisent la virtuosité de leurs mouvements. Les tableaux très rythmés contribuent à donner une impression de bande dessinée à forte teneur comique. La fable est emmenée par le couple formé par Jean-Luc Couchard (Puntila) et Juliette Plumecocq-Mech (Matti), tous deux sidérants de savoir-faire. Juliette Plumecocq-Mech est une habituée du travestissement. On l’a vue époustouflante dans les mises en scène de Christophe Rauck, Le Revizor et Le Dragon. Son Matti est plus une idée de valet qu’un être en chair et en os, un pantin au corps élastique, à peine incarné, jusqu’à sa voix détimbrée et métallique, et pourtant affirmant sa présence et ses points de vue sans y paraître.

Omar Porras a traité ce Brecht un peu comme il l’avait fait pour La Visite de la vieille dame de Dürrenmatt ou sa récente et belle mise en scène de La Flûte enchantée de Mozart. A chaque fois le même vocabulaire esthétique et pourtant, il ne faut pas s’y tromper, jamais le même traitement. D’un spectacle à l’autre, il affirme ainsi un univers très singulier, avec ses codes et ses modes originaux, et assume le fait de toujours choisir un angle d’attaque radical.

Maître Puntila et son valet Matti, de Bertold Brecht, mise en scène Omar Porras, avec Delphine Bibet, Jean-Luc Couchard, Louis Fortier, Stéphanie Gagnieux, Pierre-Yves Le Louann, Fabiana Medina, Juliette Plumecocq-Mech, Emmanuelle Ramu, Emiliano Suarez. Au théâtre des Abbesses jusqu’au 26 janvier à 20h30. 01 42 74 22 77. Durée : 2h20.

Tournée : 12 et 13 février, Forbach ; 16-17 février, Corbeil-Essonne ; 21-22 février, Villejuif/Théâtre Roman Rolland ; 4-13 mars, Lyon/Théâtre de la Croix-Rousse ; 3-4avril, Vélizy/L’Onde ; 2-3 mai, Grasse ; 6-7 mai Istres/Théâtre de l’Olivier ; 22-23 mai, Dole/Scène nationale du Jura ;29-30 mai, Mulhouse/La Filature.

Crédits photographiques :
Photo 1 : Jean-Pierre Maurin
Photo 2 : M.Vanappelghem

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