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Critiques / Théâtre

Madame van Gogh de Cliff Paillé

par Gilles Costaz

Que faire des toiles d’un artiste maudit ?

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Qui est cette Mme van Gogh ? Le peintre des Tournesols n’a jamais été marié. Il s’agit – et l’auteur, Cliff Paillé, a su intelligemment déplacer le lieu dont il observe l’Histoire – de la femme du frère de Vincent, Théo. De la veuve plus exactement puisqu’au moment où commence la pièce, en 1891, les deux frères sont morts à quelques mois d’intervalle : Vincent d’abord, l’un des artistes les plus ignorés de son époque, qui a choisi de quitter le monde des vivants, puis Théo, marchand d’art, qui, toute sa vie s’est battu pour son frère et n’est arrivé à rien. Le bilan est terrible : van Gogh n’a vendu qu’un seul tableau au cours de sa courte vie (il est mort à 37 ans), les toilent dorment dans une maison où personne ne vient les voir. Mais, dans la pièce de Cliff Paillé, l’indifférence n’est pas totale. Johann van Gogh commence à se poser des questions. Elle est poussée à se mettre en cause par le peintre Emile Bernard qui était l’un des amis de l’artiste disparu et bénéficie d’un peu de d’écoute de l’intelligentsia. Tous deux se retrouvent régulièrement. « Permettez qu’on fasse une exposition van Gogh », insiste régulièrement Emile Bernard auprès de cette femme qui, curieusement, a donné à son petit garçon le prénom de son beau-frère, Vincent. Un jour les tableaux de van Gogh sortiront du réduit où ils prennent la poussière…
Alors que le théâtre (naguère) et le cinéma se sont plu à mettre van Gogh lui-même au centre d’un spectacle, Cliff Paillé, avec plus de modestie mais aussi une plus grande intelligence de l’Histoire, fait parler du peintre au moment où il n’est plus et où ses toiles n’existent pas encore. Assis sur le sol, dans l’inconfort, les deux personnages, citadins élégants, s’interrogent. Que peut-on faire des toiles d’un artiste maudit qui s’est donné la mort ? Et que faire de ses multiples lettres échangées entre Vincent et Théo qui, après avoir paru encombrantes, se révèlent si passionnantes ? Le texte et la mise en spectacle de Cliff Paillé sont d’une totale simplicité. Les mots sont comme à la surface de la toile, comme fraîchement brossés.La vidéo est utilisée au minimum. Dans le rôle de Johanna, Lyne Lebreton joue finement la perplexité riche d’émotions. En ami du maudit en allé, Romain Arnaud-Kneisky est plus combatif, mais dans une savante expectative. Ce sont deux tempéraments qui freinent leur nature et dialoguent dans le silence comme dans la parole. Ces deux acteurs sont jeunes et donnent une belle réalité théâtrale à la renaissance d’un génie, à l’aube d’une vie posthume.

Madame van Gogh de Cliff Paillé, mise en scène de l’auteur, avec Lyne Lebreton et Romain Arnaud-Kneisky.

Studio Hébertot, le dimanche à 19 h 30 et le lundi à 19 h, tél. : 01 42 93 13 04, jusqu’au 16 décembre. (Durée : 1 h 15).

Photo Laurent Sabathé.

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