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Critiques / Théâtre

Lulu de Frank Wedekind

par Corinne Denailles

Wilson par lui-même

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Chacune des visites parisiennes du Berliner ensemble est un événement culturel d’importance, d’autant plus prisé quand la troupe allemande est conduite par Robert Wilson, metteur en scène et plasticien virtuose et mythique s’il en fut qui, rappelons-le, à bouleverser la scène théâtrale et le public avec Le Regard du sourd, il y a de cela une quarantaine d’années.

Un savoir-faire virtuose

Ceux qui auront vu son Opéra de quat’ sous l’année dernière au même théâtre de la ville, auront reconnu dans sa version de Lulu de Franck Wedekind le même vocabulaire esthétique radical et singulier : du côté de la scénographie, l’épure de grands plateaux vides plantés d’éléments symboliques créant un ensemble de lignes géométriques noires associées aux traits de lumière des néons qui traversent la scène ; cyclo aux couleurs vives en fond de scène, à-plat de couleurs sur lesquelles se détachent les tableaux en contre-jour. Du côté des comédiens, les visages sont maquillés de blanc, les traits soulignés de noir, entre clown et acteur du cinéma expressionniste allemand. Le jeu est mécanique, parfois jusqu’à la caricature, dans une distanciation extrême. Les costumes, magnifiques, déclinent les nuances de gris dans des tissus moirés aux reflets changeants. Le résultat est un admirable livre d’images animées dont on retiendra quelques tableaux de grande beauté comme la scène d’ouverture de la deuxième partie : sur une route en perspective qui se perd en fond de scène bordée de cyprès auxquels se mêlent des lustres de verre miroitants. Seule sur la route de son destin, l’étonnante, et aussi mythique, Angela Winkler donne enfin à Lulu la chair qui lui manquait dans le début du spectacle. La comédienne qui a pourtant dépassé la maturité, exprime sur le mode expressif du cinéma à la Murnau, la fragilité de cette pauvre créature née dans le ruisseau, petit oiseau blessé maltraité par la société qui ne lui accordera pas de s’arracher à son milieu et la renverra à la rue et à la prostitution d’où elle vient et où elle mourra d’un coup de surin porté par Jack L’éventreur.

Au-delà de Lulu

Wilson ne s’intéresse pas vraiment au texte (il aurait été d’ailleurs plus juste de préciser que sa Lulu était seulement d’après Wedekind) ni à sa portée sociale, il entend plutôt chevaucher les ailes de la poésie, porté par la musique un peu démodée de Lou Reed. Autant dire que cette vision allégorique pourrait bien laisser perplexe le spectateur qui ne connaît pas la pièce, voire lui procurer un désagréable sentiment d’exclusion accentué par la recherche d’une distanciation telle que le dialogue entre la salle et le plateau menace parfois de prendre des allures de dialogues de sourds. La déception qui point à l’entracte est à la mesure de l’attente. Mais, la deuxième partie renoue le fil et les images, soudain très fortes, brisent le miroir du papier glacé sous lequel elles semblaient prisonnières.

Lulu de Frank Wedekind, Berliner Ensemble, mise en scène, décor, lumières Robert Wilson musique & chants Lou Reed costumes Jacques Reynaud collaboration à la mise en scène Ann-Christin Rommen compilation des textes & dramaturgie Jutta Ferbers collaboration au décor Serge von Arx direction musicaleStefan Rager lumières Ulrich Eh
avec Ulrich Brandhoff, Alexander Ebeert, Anke Engelsmann, Markus Gertken, Ruth Glöss, Jürgen Holtz, Boris Jacoby, Alexander Lang, Marko Schmidt, Sabin Tambrea, Jörg Thieme, Georgios Tsivanoglou, Angela Winkler
et Stefan Rager (batterie, insertions musicales), Ulrich Maiß (clavier, violoncelle), Dominic Bouffard (guitare), Friedrich Pravicini (bugle, violoncelle, harmonica), Andreas Walter (basse), Joe Bauer (bruitage)
Au théâtre de la ville jusqu’au 13 novembre 2011. Durée 3h05. du mardi au samedi à 19h30, dimanche 15h. tel. 01 42 74 22 77
www.theatredelaville-paris.com
Dans le cadre du Festival d’automne

photo : Lesley Leslie-Spinks

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