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Critiques / Théâtre

Lettres jamais écrites par la compagnie Hippolyte a mal au coeur

par Corinne Denailles

Les mots pour le dire

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Ces lettres sont nées d’un projet mis en œuvre avec des élèves d’une classe de seconde à Cavaillon. Le titre renvoie à la consigne d’écriture donnée par Estelle Savasta aux quinze adolescents. À la demande des jeunes, les lettres ont été retravaillées individuellement par courriel puis Estelle Savasta a proposé à des auteurs de jouer le rôle de destinataires et de répondre à ces lettres. Les titres des lettres dessinent à eux seuls la galaxie de l’adolescence et de ses questionnements : lettres à mon existence, à la jeune fille timide que j’ai été, à mon grand-père, à mon fils, à ma mère, à mon futur moi, à toi qui as façonné ma personnalité, etc.
Le spectacle donne à entendre lettres et réponses dans un dispositif très simple, intime — les spectateurs sont installés sur trois rangées de gradins en quadri frontal — qui offre une grande proximité avec les comédiens. Ceux-ci instaurent un jeu de bon aloi avec le public, l’impliquant dans la situation avec humour, une invitation à se faire acteur du jeu ; une pure convention offerte comme telle qui, loin d’être superficielle, contribue à donner corps aux mots. Dans un angle du plateau, un bureau et une chaise, dans l’angle opposé, une chaise et une petite table avec une lampe et un tourniquet ancien de cartes postales, plus loin une couette rouge sur le sol. Deux comédiens, un homme et une femme lisent et jouent alternativement ou ensemble. Le soir où on y était, c’était Olivier Constant et Valérie Puech, tous deux excellents, qui tenaient les rôles (Estelle Savasta, auteure et metteure en scène, les comédiens Valérie Puech et Olivier Constant ont pour point commun d’avoir tous les trois travaillé de près avec Wajdi Mouawad, une expérience commune qui a tissé des liens fructueux entre eux).
Un enregistreur posé au centre de l’espace diffuse la voix des adolescents lisant leur lettre, puis les acteurs interprètent les réponses, seuls ou en dialogues, toujours en complicité. Des dialogues s’instaurent entre lettres réelles des jeunes et lettres fictives ; les diverses réponses apportent des réponses poétiques aux désarrois, aux interrogations, ouvrent des portes littéraires salvatrices, dynamiques, suggérant le pouvoir indicible de l’imagination de réparer nos chagrins. Souvent l’humour vient au secours de trop de gravité. La jeune fille qui était timide a 16 ans et s’adresse à celle qu’elle était seulement deux ans plus tôt ; une autre s’excuse auprès de son existence de ne pas savoir elle l’emmène.
Au-delà des qualités artistiques de ce spectacle ludique et grave, il faut saluer la démarche d’Estelle Savasta et sa volonté d’associer des jeunes à des créations comme de véritables collaborateurs.

Lettres jamais écrites, Textes de Pauline Bureau, Véronique Côté, Marc-Antoine Cyr, Marie Desplechin, Emmanuelle Destremau, Delphine de Vigan, Laurance Henry, Annick Lefebvre, Sylvain Levey, Fabrice Melquiot, Anne-Marie Olivier, Estelle Savasta, Karin Serres, Luc Tartar, Catherine Verlaguet, Véronique Côté. Mise en scène Estelle Savasta, lumières Guillaume Parra, son, François Sallé. Avec Olivier Constant/Fabrice Gaillard, Valérie Puech/Sara Louis. Au théâtre de Chaillot jusqu’au 23 mars. Durée : 1h15. 20h30.

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