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Critiques / Théâtre

Lettres de Calamity Jane à sa fille

par Dominique Darzacq

Portrait d’une féministe avant l’heure.

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… « Je suis seule dans ma cabane ce soir et fatiguée. J’ai fait aujourd’hui 6O miles à cheval pour aller à la poste. C’est ton anniversaire et tu as quatre ans aujourd’hui. Vois-tu ton papa Jim m’a promis qu’il m’enverrait une lettre, chaque année, le jour de ton anniversaire » écrit Calamity Jane dans sa première lettre adressée à sa fille. Elle a vingt cinq ans et quelque temps auparavant a confié l’enfant, qu’elle ne pouvait élever, à un couple de voyageurs, Helen et Jim O’Neil. Pendant vingt cinq ans et à intervalles plus ou moins longs, elle écrit à sa fille des lettres qu’elle n’enverra jamais et à travers lesquelles se dessinent l’itinéraire en même temps que l’autoportrait d’une féministe avant l’heure qui, pour subvenir à ses besoins, eut l’audace de choisir un bon cheval et un bon fusil, et dont l’histoire se mêle à celle de la conquête de l’Ouest américain.

Les pistes de la légende

Clocharde céleste « qui un jour mange du poulet et le lendemain les plumes », autant qu’aventurière à la fine gâchette, Martha Jane Canary (1852-1903) dite Calamity Jane, cavalière accomplie qui, dit-on, fût la première femme blanche à pénétrer dans les Black Hills, dernier bastion tenu par les Indiens : « Il y a des milliers de Sioux dans cette vallée, je n’ai pas peur d’eux. Ils pensent que je suis cinglée et ne me feront jamais de mal ». Éclaireuse dans l’armée du général Custer, puis du général Crook , poseuse de rails, conductrice de diligence, infirmière, entraîneuse de saloon, cuisinière pour des hors la loi, et à l’occasion joueuse de poker, « la partie de poker est terminée. J’ai gagné mes 20.000 dollars et j’ai pu rembourser les 500 que j’avais empruntés à Abbott pour démarrer », Calamity Jane, qui buvait sec, finira artiste de cirque en tenant son propre rôle, dans un spectacle qui retraçait l’épopée du Far-West. Des chevauchées spectaculaires qui ont contribué à renforcer une légende cousue de bobards et de vérités, qu’ elle-même s’amusait à embrouiller, « un dénommé Mulog me demande l’histoire de ma vie et tu aurais dû entendre les mensonges que je lui ai racontés….comme histoire de ma vie ce sera soigné » écrit-elle dans une des dernières lettres à sa fille.

Par ses lettres et par son histoire, Calamity Jane attire les feux de la rampe comme la lumière le papillon. L’affublant trop souvent de folklore, beaucoup s’y sont brûlé les ailes. Un piège que sur la scène du Lucernaire, évitent avec bonheur, la comédienne Catherine Rétoré et son metteur en scène Gérald Chatelain. En choisissant la simplicité scénique, l’intimité d’un refuge et quelques bougies, ils dépaysent la figure de musée et rendent à la femme son poids de vibrante humanité.

Une tarte de 25 ans

Une table ronde en bois, un tabouret, nous sommes dans la cabane de Calamity Jane, celle de Deadwood, dans le Dakota, elle porte sa culotte d’éclaireur. De retour de la poste, elle pose son sac à dos. Bonne cuisinière qui, dans ses lettres, donne à sa fille la recette du « gâteau de vingt ans », elle entreprend de faire une tarte pour fêter l’anniversaire de sa fille. Le temps de sa préparation, ponctuée d’une ritournelle de boîte à musique, Calamity Jane lui raconte sa vie de tous les jours, ses rencontres, ses coups de gueule et ses coups de blues, ses déambulations, ses remords, son espoir de la retrouver un jour. La tarte prête à mettre au four, 25 ans d’une vie auront passé.

Tour à tour conquérante, l’humour cinglant, ou brisée de douleur, drôle et bouleversante, Catherine Rétoré pousse Calamity Jane dans toutes les variations des humeurs de son existence d’errante solitaire, la déshabille habilement de la légende pour mieux nous dire à fleur d’âme l’irrépressible tendresse d’une mère pour sa fille.

Les Lettres de Calamity Jane à sa fille, mise en scène Gérald Chatelain, avec Catherine Rétoré.
Au Théâtre du Lucernaire du mardi au samedi à 18h30. Durée : 1h20. Relâche du 17 au 24 juillet 2012.
Tel : 01 45 44 57 34

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