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Critiques / Théâtre

Les revenants d’Henrik Isben

par Marie-Laure Atinault

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Si ce n’est toi, c’est donc ton père !

Madame Alving est une noble veuve. Cette femme respectable donne beaucoup d’elle–même et de sa fortune pour des œuvres de bienfaisance. Elle est troublée, partagée entre la joie et l’angoisse. Son fils Oswald est de retour. Elle a longtemps éloigné son fils, malgré son amour. Elle ne connaît pas la raison de cet exil. Dans quelques jours, un grand hospice sera inauguré en hommage à Monsieur Alwing, le père d’Oswald. Le Pasteur Manders est un peu le bras droit de Madame Alving. Il est de ces hommes qui, au nom de Dieu, forgent le malheur des autres, en dépit du bon sens. Madame Alving a recueilli Régina, la fille de Engstrand un alcoolique notoire. La jeune fille s’occupe du ménage. Oswald et Régine sont jeunes et beaux. Ils sont attirés l’un vers l’autre. Mais dans cette Norvège de 1881, les fjords hostiles abritent bien des secrets enfouis au fond des mémoires. Madame Alving, le pasteur et Engstrand possèdent tous un morceau du puzzle du passé que l’on ne doit pas évoquer sous peine de voir des revenants bien embarrassants.

En 2007, Ibsen écrirait pour Woody Allen

Ibsen écrit « Les Revenants » en 1881, c’est-à-dire après « Maison de poupée » qui remporte un triomphe aussi bien en Norvège qu’à l’étranger. Dans la structure des « Revenants » on trouve en germe le secret héréditaire et larvé qui perturbe « Hedda Gabler ». L’écriture d’Ibsen est précise, nette, supprimant toutes circonvolutions locutives. Ibsen vise au réalisme, analysant les conflits intimes, donnant à ses personnages une psychologie tourmentée. De nos jours, Ibsen écrirait pour l’image, il ferait des films proches de l’univers de Bergman, Rohmer et Woody Allen. Un Woody Allen d’ « Intérieur », « Manhattan » et « Hannah et ses sœurs ».

Une révélation à ne pas manquer

Arnaud Denis est un jeune metteur en scène qui ne se lasse pas de nous surprendre. « Ses Fourberies de Scapin » présentées en 2006, au Lucernaire, furent un ravissement total. Arnaud Denis change de registre avec Ibsen. Il aime le texte qu’il analyse au coeur du verbe. Il monte « Les Revenants » comme un huis clos policier Hitchcokien. Ibsen stigmatise une bourgeoisie rigoriste qui se voile la face devant les débordements des puissants et condamnent les pauvres. Son œuvre est puissante, dérangeante comme un poil à gratter social. Arnaud Denis a choisi de monter l’œuvre en la situant dans son époque de création. Le choix n’a rien d’accessoire, si l’écriture nous semble terriblement moderne, l’expression de certains sentiments prend toute sa puissance en étant replacée dans son contexte d’écriture. Le décor est à la fois réaliste et ouvrant sur l’imaginaire. Arnaud Denis a réuni des comédiens qui donnent un relief puissant à leurs personnages. Ainsi ce vieux briscard de Jean-Pierre Leroux nous fait oublier complètement l’homme délicieux en jouant le pasteur qui est un être détestable et que l’on rêve de gifler.
Michèle André joue madame Alving, elle donne à sa composition une force mêlée d’impuissance et de détresse. Elisabeth Ventura (Régine) est impeccable. Arnaud Denis s’est réservé le rôle complexe d’Oswald, ce jeune homme rongé par les fautes de son père. Il est très émouvant de voir ce jeune homme doté de talent aussi frappant. Il faudra désormais compter avec lui et on s’en réjouit.

« Les Revenants » d’Henrik Isben. Mise en scène Arnaud Denis
Avec Michèle André, Arnaud Denis, Jean-Pierre Leroux, Bernard Métraux, Elisabeth Ventura
Théâtre 13 - 103 Bd Auguste Blanqui - Paris (13)
Loc : 01 45 88 62 22

Photos : G. Homburger

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1 Message

  • Les revenants d’Henrik Isben 6 juin 2010 13:45, par bubus

    Il faudrait quand même que vous changiez le titre de votre article sans quoi vous passerez pour des drôles sans culture : L’auteur s’appelle iBsen et non iSben.

    Bien à vous,
    Bubus

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