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Critiques / Théâtre

Les larmes amères de Petra von Kant d’après Rainer Werner Fassbinder

par Jean Chollet

Un drame de la passion perverti par la caricature

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En 1971, Rainer Werner Fassbinder écrit cette pièce dont il réalise une adaptation cinématographique l’année suivante qui rencontre un large succès public. Auteur d’une quarantaine de films, il s’est imposé à partir du milieu des années soixante et jusqu’à sa mort à l’âge de trente -sept ans en 1982, comme une des figures de proue du nouveau cinéma allemand de cette époque. Son œuvre est dominée par une critique idéologique de la société de son pays, abordée ici à travers une relation amoureuse entre femmes. Styliste réputée, riche et sûre d’elle-même, Petra von Kant est marquée par l’échec de son mariage et son divorce. Elle trouve une forme d’exutoire dans les rapports dominants qu’elle impose à son ex-secrétaire et amante, Marlène, devenue sa bonne. Un jour, de retour d’Australie, son amie Sidonie lui présente une jeune femme qui rêve d’être mannequin, Karin, de condition modeste et en rupture de vie conjugale, dont Petra devient aussitôt amoureuse. S’engage alors une passion mouvementée et diversement partagée. Elle sera clôturée par le départ de Karin pour rejoindre son époux. Une situation qui laisse Pétra brisée et anéantie, malgré la présence de sa fille Gabrielle et de sa mère Valérie. En dernier recours elle propose son amour à Marlène. Dans son film (disponible en DVD), par son rythme et ses cadrages, Fassbinder rend palpable la progression psychologique qui anime les personnages en éclairant leurs sentiments intérieurs sans esbroufes ni surcharges excessives. En suscitant sur une compassion émouvante.

Ce n’est pas le cas avec cette version dans la mise en scène de Philippe Calvario. Si, dans un décor kitch lié à la référence temporelle de la pièce, il installe logiquement l’espace chambre-salon-atelier de Petra où se déroule l’action, il remplace la toile de Poussin (Midas et Bacchus, d’une toute autre portée) par une reproduction des Amours lesbiens de Egon Schiele. Le signe d’une volonté illustrative souvent redondante, qui accompagne une représentation plus proche du reality show que du drame théâtral. En poussant le réalisme à l’extrême, sans une distanciation pourtant nécessaire à même de rendre sensibles les enjeux et les situations évoqués. A de rares exceptions, le spectacle ne trouve pas une tonalité juste et adaptée. Il porte trop souvent vers l’hystérie et le sur jeu, là où il aurait fallu des nuances ou des silences révélateurs. Dans ces conditions, difficile aux six comédiennes de nourrir positivement cette aventure. Sous sa perruque blonde platinée, la présence et l’abattage de Maruscka Detmers (Petra), par ailleurs excellente actrice, frôlent parfois le ridicule et la caricature. Autour d’elle, ses partenaires ne sont pas mieux loties, notamment Carole Massana (Karine) contrainte à ne révéler que les aspects superficiels d’un personnage pourtant complexe. Seule Clotilde Mollet diffuse la profondeur humaine de la mère de Petra. Cela ne suffit pas à sauver du naufrage un grand film, qui sous cette forme prend un goût de navet.

Les Larmes amères de Petra von Kant, texte Rainer Werner Fassbinder, traduction Sylvie Müller, mise en scène Philippe Calvario, avec Maruschka Detmers, Joséphine Fresson, Julie Harnois, Odile Mallet, Carole Massana, Alix Riemer. Conseils scénographiques Audrey Vuong, lumières Jean-François Breut, costumes Aurore Popineau, son Eric Neveux/Muriel Valat. Durée : 1 h 40. Athénée – Théâtre Louis Jouvet jusqu’au 9 juin 2012.

© Coulonjou-Gentil

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