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Les Vitalabri de Jean-Claude Grumberg

par Dominique Darzacq

poétique et politique

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Il arrive que les histoires aient une histoire, c’est le cas de celle des Vitalabri, née il y a longtemps, dans un lit où chaque dimanche matin, un papa – Jean-Claude Grumberg - en inventait les épisodes pour sa fille quand elle était petite. Depuis, la petite fille a grandi et l’histoire est devenue un savoureux conte illustré (Editions Actes-Sud Junior) dont s’empare aujourd’hui, avec un bonheur scénique rare, Lisa Wurmser qui fait miroiter toutes les facettes de la fable. Après « Marie des Grenouilles » et « Pinok et Barbie », elle retrouve pour la troisième fois un auteur avec lequel elle est en parenté d’humeur et qui avoue « se plaire à raconter des histoires pour enfants que les adultes peuvent écouter car elles sont aussi inventées pour eux », et bien entendu celle des Vitalabri qui narre les désastreuses et désopilantes tribulations d’une famille vitalabraise issue d’un peuple mal aimé en quête d’un pays où enfin ils seraient bien venus.

Marchant le jour et dormant la nuit, excepté lorsque par prudence ils dorment le jour et marchent la nuit, errant, sans papiers, avec pour tout viatique l’optimisme vaillant de madame Vitalabri et les airs à faire sangloter les pierres que joue le fils aîné, ils auront affaire avec les exigences prohibitives des passeurs, à l’imbécillité administrative des autorités, et autres arnaques à l’espoir. Une histoire d’exil gaiement féroce que Lisa Wurmser déploie dans un espace scénique astucieux qui au fil de l’histoire se fait castelet ou livre d’images en relief. Sa mise en scène inventive, qui mêle avec doigté musique, marionnettes, théâtre d’ombres et jeu des comédiens, leste d’une poésie d’enfance une fable qui réfléchit à haute voix sur le racisme, la xénophobie, la peur de l’autre, mais nous parle également de la force de l’art, de la place et de la liberté de l’artiste. Un propos diablement actuel ces temps-ci.

Olga Grumberg (Madame Vitalabri), Pascal Vannson (Monsieur Vitalabri), Eric Stabiac - le fils violoniste et auteur des subtils arrangements musicaux, Pascale Blaison pour la pertinence de ses marionnettes, sous la direction de Lisa Wurmser, forment la talentueuse coalition qui fait des Vitalabri un rare et magnifique moment de théâtre. Au passage ils nous rappellent que Jean-Claude Grumberg est un de ceux qui inventèrent le rire de résistance qu’il pratique ici avec tendresse et malice.

Les Vitalabri de Jean-Claude Grumberg, mise en scène Lisa Wurmser avec Pascale Blaison, Eric Slabiac violoniste, Olga Grumbeg, Pascale Vannson (durée 1h)

Théâtre du Petit Louvre à 11h Off Avignon jusqu’au 30 juillet.

Photo © Pascal Gély

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