Accueil > Les Trois moines par le Théâtre national pour enfants de Pékin

Critiques / Jeune Public / Théâtre

Les Trois moines par le Théâtre national pour enfants de Pékin

par Dominique Darzacq

Un moine ça va, trois, bonjour les dégâts

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Pour sa venue au Théâtre de la Ville, ce Théâtre d’Art chinois dédié à l’enfance a choisi un conte traditionnel transmis de génération en génération et adapté à la scène avec ce presque rien qui en fait la grâce et la force.

Deux paravents mobiles, une grosse cloche tibétaine, une lampe à huile, un long bâton (appelé pôle) de bambou, deux seaux en bois suffisent à nous transporter dans un petit temple chinois caché au cœur de la montagne où vivent un vieux moine bouddhiste et trois jeunes moines, ses disciples. L’un est coquin et assez facétieux, d’humeur plutôt joyeuse, l’autre est rond, assez gourmand, facilement irascible et grognon et pratique le Kungfu, le troisième a toujours le nez plongé dans les rouleaux d’écriture et du genre absent. A la demande de leur maître, ils évoquent leur arrivée dans le monastère et comment au fur et à mesure la corvée d’eau est devenue de plus en plus problématique, comment chacun, préférant regarder les mouches voler ou s’adonner à ses activités personnelles, cherchait à se débarrasser de la tâche en comptant sur les deux autres et finir, à force de mauvaise volonté, par ne plus aller jusqu’ à la rivière, quitte à mourir de soif, jusqu’au jour où la chute d’une lampe à huile mis le feu au monastère et obligea les trois moines à puiser l’eau ensemble. Articulé à partir de ce qui peut faire figure de proverbe : « Un moine seul porte deux seaux d’eau, deux moines en portent un, et quand ils sont trois ils manquent d’eau », le spectacle uniquement visuel tout tissé de musiques, danses, acrobaties, arts martiaux, est une délicate et ludique dénonciation de l’égoïsme et de la paresse qui s’en remet à la finesse et l’agilité des interprètes autant qu’à l’imagination des enfants.

Avec ce spectacle malheureusement peu de temps au Théâtre des Abbesses (jusqu’au 14 novembre), le Théâtre de la Ville frappe les trois coups d’une série de spectacles dédiés aux enfants mais qui ne laissent pas indifférents ceux qui les accompagnent.

De quelques contes et merveilles

« Parce que l’enfant contient déjà en lui tout ce qui advient en nous », Emmanuel Demarcy-Mota et son équipe ont mitonné aux petits oignons une programmation traversée autant de questions joyeuses que de questions graves , « Des questions poétiques et politiques car l’enfant n’attend pas l’âge de voter pour être intéressé par le train du monde » explique le maître des lieux qui, pour sa part, mobilise sa troupe d’acteurs et le grand plateau du Théâtre de la Ville autour de la plus star des petites filles, la curieuse Alice , expédiée au Pays des Merveilles par Lewis Carroll artificier du suspens et de tous les possibles, en qui André Breton voyait un « maître d’école buissonnière ». Depuis sa naissance en 1865, porte drapeau de l’éternité de l’enfance et de ses rêves, Alice a traversé tous les univers, de la bande dessinée au cinéma, en passant par l’opéra et bien sûr le théâtre, cet autre pays des merveilles et des métamorphoses, où là aussi se détraquent les horloges.

Débarquant au Théâtre de la ville, elle aura pas mal roulé son impertinence et sa curiosité et surtout croisé l’imaginaire de Fabrice Melquiot, l’ami, l’auteur dont Emmanuel Demarcy-Mota a monté presque toutes les pièces et sans qui dit-il, n’aurait pas réalisé son projet. Ensemble donc et en toute complicité, ils réinventent une Alice en révolte contre l’idée d’une réalité stable et logique. En suivant le lapin super pressé, elle rencontrera bien évidemment l’horloger fou, la Reine de cœur, et tous les autres personnages du conte, mais elle fera aussi des rencontres plus inattendues avec quelques légendaires collègues plus vieux qu’elle, tels le Petit Chaperon rouge ou Pinocchio et quelques célébrités plus jeunes comme Barbie. Si Alice et autres merveilles se présente comme un hommage à l’enfance et au théâtre en même temps qu’une réflexion sur l’espace et le temps, il est fort à parier que d’avatars en tribulations, notre Alice fasse surgir quelques-unes des préoccupations qui taraudent les enfants d’aujourd’hui et trottent aussi parfois dans nos vieilles cervelles. La première aura lieu le 24 décembre et sera ouverte aux enfants du secours populaire.

Une Blanche neige inattendue

Mais auparavant, la troupe lyonnaise « La Cordonnerie » qui croise d’une même main, cinéma, musique, théâtre, voire bricolage pour créer un univers visuel et sonore où se mêlent réalité du monde et fiction, proposera deux versions inattendues de « Blanche Neige », histoire « de donner un coup de pied dans les stéréotypes qui enferment les contes dans des schémas réducteurs » et parce le conte « est un réservoir inépuisable qui permet de passer de la petite à la grande histoire ».

Avec Udo, complètement à l’Est , la troupe braque ses projecteurs sur le personnage dont il est peu, pour ne pas dire pas, question dans le conte, le père de Blanche Neige. Udo, c’est son nom, a abandonné femme et enfant pour devenir trapéziste dans un cirque. Au fil de ses souvenirs et sur fond d’images projetées, il nous entraîne dans l’ancienne Union Soviétique
Pour la deuxième version, Blanche Neige ou le chute du mur de Berlin , Blanche Neige, une ado de quinze ans, pas si blanche ni si naïve, vit au dernier étage d’une tour HLM avec sa belle-mère, pas si marâtre, ni si coquette, et qui pour tout dire rame un peu pour l’élever. Entre cinéma et théâtre, fiction et réalité, profondeur et légèreté, poésie et humour, les deux spectacles nous parlent des murs qui s’érigent entre les êtres et sont bien sûr à voir au coude à coude enfants et adultes.

Les Trois moines par le Théâtre d’art pour les enfants de Pékin (durée1h)
Théâtre des Abbesses jusqu’au 14 novembre. 10h - 14h30 le 13, 11h - 16h le 14.

Alice et autres merveilles texte Fabrice Melquiot, mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota : Théâtre de la Ville du 28 décembre au 9 janvier

Udo, complètement à l’Est » par la Cordonnerie, Théâtre de la Ville (café des Œillets) du 17 novembre au 4 décembre
Blanche Neige ou la chute du mur de Berlin par la Cordonnerie.
Théâtre des Abbesses du 22 décembre au 8 janvier

Photo : Les Trois Moines ©DR

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.