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Critiques / Théâtre

Les Onze Mille Verges de Guillaume Apollinaire

par Jean Chollet

Plus parodique et rigolard qu’érotique

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En 1907, Apollinaire à vingt-sept ans lorsqu’il fait publier ce roman qui paraît sous une couverture muette avec les seules initiales G.A., dont le titre détourne la légende de sainte Ursule avec ses “onze mille vierges”. Sulfureux et longtemps interdit, il circulait sous le manteau avant sa publication en 1970 par Régine Desforges. Un récit, en neuf chapitres, qui retrace de Bucarest à Paris, puis en Extrême-Orient sur fond de guerre russo-japonaise, les aventures sexuelles délirantes du prince roumain Mony Vibescu, flanqué de son valet Cornabeuf, lancés dans une multitude de rencontres avec de nombreux partenaires, en particulier auprès de Cuculine d’Ancône et d’ Alexine Mangetou. Des patronymes révélateurs de la tonalité humoristique de l’ouvrage.

Au cours de ces ébats tumultueux, tous les jeux pornographiques et les usages pervers de la lubricité sont évoqués, mêlant aux fantasmes et pratiques collectives, l’onanisme, l’homosexualité, le sado-masochisme et la pédophilie ou encore la scatologie, et la gérontophilie. Rien n’est épargné jusque dans les moindres détails, avec une crudité de langage dont l’audace et la fantaisie renvoient le Divin marquis dans les cordes. Un ouvrage naturellement subversif qui trouve aussi un écho dans son inscription dans la situation politico-militaire internationale de l’époque. Mais il semble surtout issu du désir d’Apollinaire de rompre rageusement avec l’hypocrisie des mœurs du début du XXe siècle, dans une forme littéraire dont la trivialité et la truculence s’accompagnent d’accents poétiques.

Si cette œuvre a fait l’objet d’un film au titre éponyme réalisé en 1975 par Eric Lipman, aucune version scénique n’avait été présentée. C’est chose faite aujourd’hui avec cette adaptation et mise en scène de Godefroy Ségal, dans une version qui tient à distance un réalisme scabreux pour introduire un jeu théâtral joyeux et cocasse. Sur le plateau, pour une jauge limitée de spectateurs, il installe dans la proximité un cube plastique dont la relation aux cabines de peep show est surtout rendue utilitaire pour éviter les pseudos projections de sperme et de sang, de matières fécales ou de tripailles. A l’intérieur, quatre excellentes comédiennes (Géraldine Asselin, Barbara Ferragoli, Nathalie Henrion, Mathilde Priolet) en petites culottes et nuisettes noires, enchainent narration et dialogues. Elles interprètent tour à tour les personnages féminins et masculins à l’aide d’accessoires identitaires avec une frénésie exubérante ou débridée qui relève davantage de la pantomime et de la farce que de l’illustration simpliste pornographique.

Ce spectacle est interdit aux mineurs “ même accompagnés”

Les Onzes mille verges de Guillaume Apollinaire, adapatation et mise en scène Godefroy Ségal, avec Géraldine Asselin, Barbara Ferraggioli, Nathalie Hanrion, Mathilde Priolet. Scénographie Godefroy Ségal et Benjamin Yvert, lumière Eric Thiénot et Benjamin Yvert, costumes Séverine Thiébault. Durée : 1 h 30 Maison de la Poésie – Paris du 23 mai au 3 juin 2012

Photo : In Cauda

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